Reportage au coeur du centre Européen de Rééducation du sportif à Capbreton (40)

De la douleur à l’espoir

Elodie Guegan, spécialiste du 800 mètres et membre de l'équipe de France d'athlétisme, vous fait découvrir le Centre Européen de Rééducation du Sportif.

Photo Centre de rééducation de Capbreton - CERS

Je suis arrivée à Capbreton en fauteuil roulant le 3 février 2010, deux jours après une intervention chirurgicale aux deux tendons d’Achille. J’y suis restée un mois la première fois pour la rééducation (reprise de la marche, de la mobilité de cheville, cicatrisation…) et une deuxième fois, en mai 2010, pour du renforcement, de la condition physique et de la reprise de course en douceur. Cette expérience fut dans un premier temps douloureuse car du jour au lendemain, passer des grands championnats au fauteuil roulant n’a pas été simple, surtout psychologiquement. Mais ces quatre semaines à Capbreton m’ont permis de revenir rapidement en forme. Cette expérience, je ne la regrette pas car suite à ce genre de blessure, je me sens plus forte dans la tête. Et humainement, j’ai rencontré des gens formidables.
Bien souvent, on ne sait pas ce que traversent les sportifs durant une blessure, comment ils se rééduquent et sont encadrés tout au long de cette période. A travers ces nombreux témoignages de patients mais aussi du staff médical j’espère vous éclairer sur la rééducation et la prise en charge des sportifs blessés.

Capbreton, petite ville touristique de 8000 habitants située dans les Landes, est connue pour ses plages, le surf mais aussi le centre européen de rééducation du sportif (CERS). Créé en 1991, cet établissement construit en bord de mer, compte en moyenne 1 600 entrées par an. Essentiellement des sportifs compétiteurs: « Le CERS est adapté pour la rééducation du sportif et est spécialisé dans les pathologies liées à sa pratique. Dans 60% des cas nous soignons des problèmes de genoux (type ligaments croisés), puis des chevilles et du rachis. Dans un premier temps le patient arrive chez nous dans l’incapacité de se déplacer. Le but à sa sortie sera de retrouver toute sa mobilité », témoigne le docteur Trouvey, un des trois médecins du centre. Une prise en charge qui demande du temps, de la patience et de la volonté car le séjour n’est pas de courte durée ni de tout repos : « Il faut compter au minimum quinze jours pour les athlètes qui viennent pour du renforcement musculaire. Mais le plus souvent, surtout pour les post-opératoires , nous conseillons à nos patients de rester parmi nous quatre à six semaines, dans la mesure du possible. J’ai eu un patient qui faisait de la danse et suite à des blessures graves, il est resté trois mois. D’où la nécessité d’encadrer le sportif sur le plan psychologique et d’être à son écoute au quotidien », déclare le médecin.

Espace médical mais aussi de vie et d’écoute

Le CERS de Capbreton emploi cent cinquante personnes pour être aux petits soins de ses blessés. L’équipe médicale est composée de trois médecins (un par étage), huit infirmières et quatre aides-soignantes, vingt kinésithérapeutes, sans oublier l’ergothérapeute, le préparateur physique, la psychologue et la diététicienne. Un personnel au service du sportif et à son écoute. Une prise en charge globale qui satisfait la quasi-totalité des patients comme le constate Bruno, animateur du centre depuis douze ans : « En général, le patient est content. Parfois, certains ne veulent même pas rentrer car des liens d’amitié se tissent. L’ambiance est plutôt bon enfant. C’est notre rôle de faire vivre le centre ».
Réveil à 7 heures par les infirmières pour les soins et la distribution des médicaments. Après le petit déjeuner, direction la piscine ou la salle de sport pour un réveil des muscles et des articulations (selon ses possibilités). Le sportif retrouve petit à petit ses sensations grâce à des passages répétés sur des machines sophistiquées (comme le Biodex : un appareil qui permet d’évaluer la puissance musculaire et de rééduquer intensivement, pour la coquette somme de 75 000 euros) ou manuellement entre les mains des kinésithérapeutes toujours attentifs et critiques sur les faits et gestes des patients.

Une  salle de rééducation en face de la mer: « Chaque détail est important pour la rééducation et le mental du sportif. Et travailler avec vue sur l’océan, c’est un plus », souligne Rémy, chef des kinésithérapeutes depuis dix-huit ans. Un avis partagé par Anne-Claire, la Brestoise de 27 ans arrivée au CERS le 8 février suite à une opération du coude : « Je me suis fais une fracture au coude sur mon bateau, j’ai dû me faire opérer d’urgence et je suis ensuite directement venue au Cers de Capbreton, un lieu qui ne me dépayse pas trop de la mer. Et sincèrement je ne suis pas déçue, en quinze jours j’ai constaté d’énormes progrès. J’arrive de nouveau à me brosser les cheveux, un miracle », déclare la navigatrice.

Pour Mélodie, 26 ans, et spécialiste de la boxe française, l’handicap c’est son genou : « J’ai été opérée des ligaments croisés le 5 février et je suis venue ici non pas par choix personnel mais parce que mon chirurgien me l’a fortement conseillé. Je n’en avais pas du tout envie et aujourd’hui je ne regrette absolument pas », dit-elle allongée sur la table de massage, le genou entre les mains de sa kinésithérapeute Paula. Cette jolie blonde de 28 ans, longiligne et toujours souriante fait l’unanimité auprès des patients…masculins, comme le souligne Malik, footballeur de 24 ans en plein exercice : « Paula, c’est la crème des kinésithérapeutes, elle est vraiment très belle, douce et bien sûr compétente », précise t-il malicieusement. L’ancienne danseuse classique aime cette ambiance décontractée et solidaire entre sportifs et kinésithérapeutes : « J’exerce au CERS depuis cinq ans. Ce qui me motive c’est l’accompagnement du blessé, de son entrée au centre jusqu’à sa reprise en compétition. Une complicité s’installe avec le patient et c’est vraiment touchant de les voir s’en sortir après une grave blessure et pour certains d’entre eux ramener des médailles, revenir plus forts qu’auparavant », chuchote t-elle de son accent espagnol.

« Je me sens bien ici, nous sommes dans un cocon, dans un cadre idyllique, on se fait des amis et la cuisine est délicieuse »

Le kinésithérapeute est le coach personnel du patient durant un mois. C’est lui qui décide du travail de rééducation, qui est à l’écoute de l’autre, tant sur le plan médical que personnel. C’est aussi lui qui accompagne le patient chaque semaine chez le médecin pour faire le bilan et observer l’évolution de la blessure : « Nous sommes avec eux six heures par jour, un peu moins pour ceux qui sont en renforcement mais dans tous les cas nous les examinons tous les jours, donc une relation de confiance s’installe. Elle est même essentielle si nous souhaitons avancer dans la rééducation et le progrès ». D’ailleurs pour certains patients comme Raquelle, 25 ans, volleyeuse à Nice et blessée au genou, le retour à la vie « réelle » en fin de semaine ne l’enchante pas beaucoup : « Je me sens bien ici, nous sommes dans un cocon, dans un cadre idyllique, on se fait des amis et la cuisine est délicieuse. C’est un peu comme un loft », dit-elle déjà nostalgique.

En dehors du planning de rééducation, des activités sont proposées et encadrées par Bruno et Patrice, les animateurs du centre : « Ces animations internes ou externes ne nécessitent pas d’effort physique particulier mais il faut l’avis du médecin », précise Patrice 33 ans, ancien journaliste du sud ouest et rugbyman. En semaine, l’horaire de rentrée est fixé à 22h30 et minuit le samedi soir. Un créneau détente qui permet aux sportifs de se retrouver autour d’un verre au « Maëva », un café situé à cent mètres du centre. Mais attention, tout débordement ou comportement contraire aux règles de vie du CERS est sanctionné par un carton jaune ou carton rouge. En cas de récidive ou de faute grave, l’exclusion est immédiate et définitive du CERS : « Cela reste très rare même si parfois nous avons eu à faire à de sacrés phénomènes très fêtards », se souvient Bruno l’animateur à la voix rigolote.

Un centre de rééducation qui, de l’extérieur, ressemble un hôpital mais de l’intérieur fait penser à une colonie de vacances : « Souvent, les personnes arrivent tristes et ressortent quelques semaines plus tard avec le sourire aux lèvres et un corps tout neuf. Enfin, presque neuf », déclare Laurence, l’hôtesse d’accueil du CERS. Pour beaucoup de ses sportifs  le retour au haut niveau est encore loin et il faudra s’armer de patience et de courage avant de retrouver les terrains, la piste ou la mer.

A Savoir
Les conditions admissions au CERS

Les sportifs concernés.
Une convention est signée avec la CPAM (Caisse Primaire d’Assurance Maladie), fait le CERS de CapBreton pour accueillir :
– les sportifs actuels et anciens en structure d’accession à l’élite,
– les sportifs actuels ou anciens professionnels,
– les sportifs actuels ou anciens sélectionnés en Equipe de France,
– les sportifs actuels des ligues régionales de toutes les fédérations ayant participé à un championnat régional dans les 12 mois.

Les traumatismes pris en charge
Lésions aiguës :
– entorses du genou, de la cheville (post-chirurgicales le plus souvent),
– luxation de l’épaule,
– ruptures tendineuses (épaule, cheville, genou),
– lésions musculaires (cuisses, mollets…),
– fractures.
– Lésions d’origine micro-traumatique  : Ces lésions sont liées à la répétition du geste sportif.

Le site internet  du centre : cers-capbreton

Il existe aussi des programmes ouverts aux sportifs amateurs mais les frais ne sont pas pris en charge par la sécurité sociale : www.cap-sport.org/

2 réaction à cet article

  1. Bonjour,
    Nous avons eu des échos excellents sur votre Etablissement et de l’équipe pluridisciplinaire médicale!
    Nous nous permettons de vous demander si en passant par le biais d’un médecin généraliste ou sportif, vous prendriez en charge un monsieur de 58 ans , à mobilité réduite suite à AVC pour une rééducation motrice et autres.
    ON vous remercie d’avoir la gentillesse de nous répondre, et dans cette attente
    Cordialement Christian Tarenne

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    • Bonjour
      Désolé mais cet article est un reportage nous ne pouvons répondre à votre question.
      Nous vous conseillons de joindre directement l’établissement afin d’avoir votre réponse :

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