Pourquoi la Vuelta vaut le coup d’œil !

Le tour d’Espagne se lance ce samedi 22 Août par un prologue entre Puerto Banus et Marbella. Longtemps déconsidérée, parfois caricaturale, la Vuelta présente cette année un plateau d’exception avec le podium du tour présent au départ. Focus avec le consultant Europe 1 et l’Equipe 21, Patrick Chassé.

Nairo Quintana et Chris Froome (Tour de France 2015)
Nairo Quintana et Chris Froome (Tour de France 2015)

On a longtemps dressé une liste de reproches longue comme le bras à la Vuelta (22 août au 13 septembre). A l’heure où celle-ci va s’élancer avec en tête d’affiche un Chris Froome candidat au doublé après sa victoire dans le tour, Patrick Chassé nous aide à balayer les clichés un par un.

  • La Vuelta, une séance de rattrapage pour ceux qui ont raté le tour ?

Depuis son déplacement (en 1995) du printemps à la fin de l’été, la Vuelta a souvent eu l’air de séance de rattrapage pour les battus du tour. Ainsi Alberto Contador l’a emporté à chaque fois qu’il a manqué la route du tour, qu’il fut blessé ou suspendu. Lance Armstrong ne l’a jamais considéré. Cet aspect « plateau » de seconde zone n’est plus d’actualité. « La présence de Froome, amène une tête d’affiche de plus. Mais avec Nibali ou Quintana on a, excepté Contador, tous les grands coureurs de tour, ceux qui en ont déjà gagné. La présence de Froome va de plus permettre à une des plus grosses écuries du circuit, la Sky d’avoir une présence concernée. Parce-que sans lui, ils n’ont personne. » Seul hiatus à ajouter au plateau 2015 : les coureurs français. Les grands noms sont absents, à l’image de Thibaut Pinot, Warren Barguil ou Romain Bardet. Nacer Bouhanni cependant sera là, pour tenter de glaner les étapes de sprinters.

  • Des étapes de montagne dantesques : du grand cirque ?

Désireux de jouer la carte du spectacle, les organisateurs de la Vuelta ont misé sur les étapes de montagne. On en compte chaque année près d’une dizaine. « Ce ne sont pas les cols qui font la difficulté d’une course » rappelle Patrick Chassé. « Comme le dit souvent Bernard Hinault, ce sont les coureurs qui font la difficulté de la course. Quand c’est trop dur, ils attendent la dernière difficulté pour s’expliquer ». L’enchaînement des cols permet par contre un travail de sape, une sélection pour faire en sorte que les meilleurs finissent par s’affronter. Dans les critiques émises contre la Vuelta on pointe parfois certains cols dantesques comme le mythique Angliru et ses pentes à plus de 20 % sur le final. « On constate que ce n’est finalement pas sur ces cols que se font les plus gros écarts entre favoris. Je ne trouve pas que cela soit du cirque que de voir les coureurs au coude à coude avancer très lentement. Ce qui l’est par contre, ce sont les spectateurs, au bord de la route, qui du fait de la faible allure peuvent suivre les coureurs et les gênent parfois énormément. »

  • Les étapes de plaines : de longues traversées du désert ?

C’est vrai que ces images ont marqué les esprits : ces longues routes nationales désertes à travers les plaines au cœur de l’Espagne où le peloton pouvait ne pas croiser un spectateur sur des kilomètres. « C’est un peu dépassé, ça date du temps où je le commentais », rigole notre journaliste. « Les organisateurs ont bien pris conscience du tort que cela causait en termes d’images à l’épreuve. Ils utilisent désormais plus fréquemment le réseau secondaire. Ils essaient d’emmener la course au sein de nouvelles régions, de sortir des clichés. L’Espagne ce n’est pas que les Pyrénées et la Sierra Nevada. Maintenant il faut bien aussi traverser le pays d’une manière ou d’une autre, et il reste effectivement encore quelques passages comme cela, où on l’impression de voir le peloton sur une autoroute au milieu de nulle part.  Mais c’est aussi un terrain d’expression cycliste : c’est dans ses portions que des équipes peuvent tenter de mettre en place les bordures qui peuvent condamner un favori pris au piège. Cela fait partie de la course cycliste aussi. »

  • Des résultats… surprenants

D’une part, c’est vrai, depuis quelques années un climat de suspicion pèse sur le sport ibérique. On se souvient notamment des fameux propos sur le sport espagnol et le dopage, tenus par Yannick Noah. De fait, dans le cyclisme, si un certain ménage a été fait en France ainsi qu’en Italie, la Vuelta a présenté des résultats surprenants ces dernières années : c’est sur ses routes que Chris Froome est ressorti de nulle part en 2011, c’est là que Vinokourov y a dégagé des puissances en watts hallucinantes. Enfin, beaucoup de suiveurs restent circonspects par la victoire étonnante de Chris Horner l’américain d’alors 41 ans sur la Vuelta 2013. « Peut-être que la chasse a été moins vite engagée en Espagne qu’ailleurs » nous confie Patrick Chassé. « Mais s’il y a toujours eu des tricheurs et s’il y en aura toujours, le prix à payer désormais quand on se fait pincer est tellement lourd, que ceux qui vont s’y risquer, vont le faire là où le jeu en vaut le plus la chandelle. Quitte à risquer gros, autant tricher sur le Tour de France. En tout cas, en 2015, je ne crois pas qu’on puisse affirmer qu’on se dope plus sur la Vuelta qu’ailleurs. »

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