Stéphane Gourmelon, courir pour exister

Ou quand courir devient un besoin.

Stéphane Gourmelon est un addict. La course à pied lui a permis de s’épanouir et de trouver son équilibre.

Stéphane Gourmelon

Enfant, Stéphane aime l’athlétisme. Cross, 800 m, 400 m, il s’exprime sur la piste et s’avère plutôt doué. Il persévère et participe à diverses compétitions jusqu’à se qualifier pour les championnats de France où, en cadet et  junior, il est « à la bagarre » et affiche de beaux chronos autour des 50 s sur 400 mètres.

Comme souvent, la vie le rattrape : il faut penser à l’accomplissement professionnel. En 1990, Stéphane s’engage dans l’armée de l’air comme moniteur de sport, ce qui lui permet de rester dans un milieu qu’il affectionne particulièrement. Il démissionne sept ans plus tard, après avoir été affecté à Taverny (95) alors qu’il était en poste à Salon-de-Provence (13). En base souterraine après avoir été à l’air libre. Il reprend sa liberté.

Sans emploi, il se lance dans la coiffure. Il passe tous ses diplômes, part en stage à Paris, en Angleterre et revient à Brest, chez ses parents. Il monte son salon en 2004, qu’il revend en 2010 avec l’envie de changer de vie ; pour l’instant, il est formateur en coiffure, avant peut-être d’autres aventures, qui sait…

L’électrochoc d’un 10 km
Et la course à pied, direz-vous ? Après avoir quitté son poste de moniteur de sport, Stéphane ne s’est guère occupé de lui durant quelques mois. En 2005, la première édition d’une course en nocturne à Brest est annoncée et le parcours doit passer devant sa boutique. Il décide de s’inscrire « la fleur au fusil ». Il s’impose deux ou trois footings, annonce à ses clients qu’il prend un dossard et franchit la ligne d’arrivée « dans un état pitoyable. Je suis parti comme si j’allais faire un 400 mètres ! J’ai mis autour des 39 mn pour boucler les 10 kilomètres. »

Une piqûre de rappel. A 35 ans, Stéphane Gourmelon vient de renouer avec la passion de sa jeunesse. A peine la course terminée, il pense à la prochaine. Ce sera le semi-marathon de Saint-Pol/Morlaix, un mois plus tard, bouclé en 1 h 38 minutes.

Sympathique, avenant, Stéphane commence à nouer des relations avec les habitués des pelotons et s’inscrit au club de la légion Saint-Pierre. Il vient s’entraîner deux fois par semaine et sort une à deux fois le week-end. Il se refait une condition physique, perd du poids, travaille ses gammes. Un an plus tard, il commence à tenir un carnet d’entraînement, notant ses séances, ses sensations… Un journal de bord toujours minutieusement tenu à jour.

Objectif : marathon
Les courses s’enchaînent tous les mois. 2007 est une année sans. « Ce fut une période difficile. J’ai beaucoup travaillé et je n’ai rien fait de bien sérieux en course à pied. »Il quitte son club en 2008 et se fixe un nouvel objectif : le marathon.

Stéphane décide de s’accorder un an de préparation. VMA, allure spécifique. Pas question de bricoler. Il part trois semaines à Font-Romeu, dans les Pyrénées, pour faire du VTT en effectuant des footings à jeun le matin et des randonnées l’après-midi. Il découvre le site internet de Gilles Dorval et s’inspire de ses plans d’entraînement. « J’ai dû réapprendre à courir, car j’ai toujours eu tendance à partir très vite, ce qui est exclu sur marathon. »

Il s’inscrit au marathon de La Rochelle, avec une préparation bâtie sur quatre entraînements par semaine. Il se teste sur Saint-Pol/Morlaix le 26 octobre 2008 et réalise 1h15mn36s. « Je planais, je me suis dit que je pouvais partir sur 3mn38s au kilomètre. Ça a été parfait, même si nous avons tout connu, avec le vent, la pluie, des seaux d’eau ! Je pleurais de bonheur pendant la course. C’était surprenant, incroyable. J’ai alors pris contact directement avec Gilles Dorval pour qu’il m’aiguille sur les cinq dernières semaines d’entraînement en vue du marathon de La Rochelle. Je suis resté à quatre séances par semaine, j’espérais 2h48mn, j’ai réalisé 2h44mn41s. Vous pouvez imaginer ma joie. Pourtant, la fin a été dure, car au 39e km,  j’ai rejoint Fatima Yvelain et je l’ai ramenée sur le groupe de filles qui était devant. Mais ensuite, j’ai explosé et ce fut un cauchemar jusqu’à l’arrivée. Il y a eu un moment où j’ai cru que j’allais réaliser 2h42 mn, mais je n’ai pas mangé ni assez bu durant la course. Ceci, plus ma chevauchée avec Fatima, je l’ai payé ! »

La claque du mur
A la sortie de cette première expérience sur marathon. Stéphane demande à Gille Dorval de devenir son coach. Prochain défi : le marathon de Rotterdam en 2h40 en 2009. « Gilles m’a dit : ce sera 2h45, mais j’étais grisé par La Rochelle et je pensais pouvoir faire mieux. » Il passe en 1h20 au semi-marathon, mais termine en 2h47mn04s. « J’ai pris le mur en pleine face au 32e km, ce fut vraiment très, très dur. »

Déçu, Stéphane décide de se reposer, puis de participer au trail du Bout du monde, sur 36 km. « Une belle expérience, 2h56 d’effort sur un parcours difficile mais exceptionnel. »

2010. Pas question de rester sur l’échec de Rotterdam. La vengeance se fera sur le marathon de Paris. Une vie professionnelle un peu trépidante, psychologiquement fatigué, il réalise 2h46mn09s. Nouvelle déception. Stéphane lâche un peu la course, prend part à quelques épreuves pour le fun avant de s’atteler de nouveau à une préparation pour le marathon 2011.

Ce sera son année. Une bonne préparation foncière avec de la PPG, du cross, un trail en février puis un semi-marathon dans le cadre de son cycle

marathon de 14 semaines. « La clé de la réussite a été de couper le mercredi soir avant la course, avec juste un footing de 40 mn le lundi. Je n’avais jamais si peu couru dans la dernière semaine. Mais ça a marché, car j’avais du jus. J’ai fait toute ma préparation à la fréquence cardiaque, en respectant parfaitement les zones. Durant cette prépa, je n’ai jamais raisonné en vitesse, et je crois que ce fut un autre facteur de ma réussite, car j’étais vraiment prêt, j’avais de l’envie, du plaisir. Jusque-là, je n’avais pas encore compris que courir lentement faisait partie de l’entraînement, je n’y croyais pas ; maintenant, je sais. » Au final, un chrono de 2h40mn10s.

Nathalie Vasseur et Stéphane Gourmelon
Nathalie Vasseur et Stéphane Gourmelon à l'arrivée du marathon de Paris 2011

Maturité et sérénité

Au niveau diététique, Stéphane fait attention, mais sans plus. Des féculents, de la viande blanche, des légumes et des fruits et beaucoup de pain. « Je suis quelqu’un d’angoissé, alors j’ai tendance à grignoter. Souvent du pain, des tortillas. J’essaye les pommes, le raisin, mais je ne tiens pas longtemps, je craque encore souvent. »

Pour Stéphane, la course à pied est devenue un besoin. Un besoin psychologique afin d’évacuer la pression. « C’est un peu comme si je faisais de l’introspection à chaque fois. Lorsque je cours, tout est clair, je visualise mieux. J’ai pris de nombreuses décisions en courant. » Au fil des ans, Stéphane a aussi appris à lâcher prise. Il lui arrive de ne pas aller courir s’il n’a pas envie. « Si c’est le corps qui me le dit, je saute la séance. Si c’est la tête, j’y vais le lendemain. Je le fais aujourd’hui sans aucune culpabilité, sans me mettre la pression, je ne me dis  plus : si je n’ai pas fait telle ou telle séance, je ne vais pas pouvoir réaliser mon chrono. J’ai compris que ce n’était pratiquement jamais vrai, à condition que ce ne soit pas tous les jours, bien sûr ! »

« J’ai la chance aussi d’avoir une amie qui comprend. Elle me dit souvent que je suis différent lorsque je cours et quand je ne cours pas. Ça lui arrive même de me dire : vas-y ! Parfois, je culpabilise par rapport à ma vie de famille, alors j’essaye de me lever tôt pour que ça ne prenne pas trop sur la journée. »
Pour l’instant, Stéphane ne cède pas à la tentation du trail. Il souhaite d’abord réaliser 2h39mn59s (eh oui !) à Paris, en 2012 ; il sera alors temps de penser à réaliser d’autres rêves. « J’ai besoin de reconnaissance, je l’admets. Alors oui, le trail me tente, mais je veux d’abord aller jusqu’au bout sur marathon. Ensuite, eh bien ! ce sera la course des Templiers, le marathon des Sables, la Diagonale des fous ! Des trails d’exception. J’ai déjà pensé à une date pour mon premier gros départ : octobre 2015. Ce sera les Templiers, mais, en attendant, je vais rester un peu sur la route et pourquoi pas ? essayer de réaliser 2h35 sur marathon. Gilles pense que j’en suis capable dans les deux ou trois ans à venir. On verra. »
Jeune, Stéphane a rêvé d’un avenir professionnel dans le sport, d’étoiles en athlétisme. Aujourd’hui, grâce à la course à pied, il se réalise et trouve la reconnaissance dont il a tant besoin.

Carte de visite
Né le 16 janvier 1970
Habite Relecq-Kerhuon (29)
Formateur en centre de formation coiffure
Marié, trois enfants
Début en course à pied : septembre 2005

  • Records personnels
    10 km : 33mn48s
    Semi-marathon : 1h15mn36s
    Marathon : 2h40mn10s

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