Peut-on devenir mère quand on est sportive de haut niveau ?

Faut-il choisir entre la maternité et le sport de haut niveau ? Comment profiter de sa grossesse sans craindre de compromettre sa carrière ? Les mamans athlètes peuvent-elles revenir à leur meilleur niveau ? Eléments de réponse à travers les témoignages de trois sportives membres de l’Equipe de France d’athlétisme.

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« Je m’en rappelle comme si c’était hier. En 2001, je m’entraînais aux Etats-Unis, je sortais d’une saison difficile à cause de blessures à répétition et j’apprends que je suis enceinte. J’avais 28 ans et comme objectif les championnats d’Europe à Munich », raconte, souriante, la recordwoman d’Europe du 100 mètres Christine Arron.

Mais que se passe t-il dans l’esprit d’une championne qui du jour au lendemain ne doit plus penser régime et compétition mais prise de poids et repos ? Pour Christine, la question ne se pose pas puisqu’elle a su profiter pleinement de cette période pour redevenir une grande gourmande : « J’ai pris 30 kilos durant ma grossesse, j’ai bien profité », s’esclaffe t-elle. « Durant les trois premiers mois de ma grossesse, je continuais la pratique sportive, axée sur le footing, le vélo et les abdominaux trois fois par semaine puis j’ai arrêté à cause de la fatigue ».
28 juin 2002 : naissance d’Ethan et pour la jeune maman la tête est déjà à la reprise de la course : « Mon objectif premier : régime draconien pour perdre du poids tout en m’alimentant suffisamment car j’allaitais. Après un mois de rééducation kiné, j’étais de retour au stade pour reprendre le footing. Je ne cache pas que les premières foulées ont été un enfer mais rapidement je suis passée à 1h de footing tous les jours. Puis des lignes en côtes et après avoir respecté les exercices d’abdominaux conseillés par ma gynécologue, quatre mois après la naissance de mon fils je reprenais l’entraînement de haut niveau le plus normalement possible ». Pour Christine Arron,  la grossesse n’a pas été un frein à sa carrière. Bien au contraire, elle m’explique qu’elle sentait son corps régénéré par ses mois de coupure et que ses performances étaient meilleures (première compétition en février 2003 7s21 au 60 mètres).

Hurtis : « Deux ans pour revenir au plus haut niveau »

Cela paraît si facile pour Christine ! Mais le parcours  a été plus compliqué pour une autre grande championne du sprint français : Muriel Hurtis. Pour la spécialiste du 200 et 400 mètres, la bonne nouvelle est tombée aux Jeux Olympiques d’Athènes en 2004 : « Le médecin de l’Equipe de France me l’a annoncé pendant l’évènement. Au début j’ai un peu paniquée car ce n’était pas vraiment le moment idéal. Puis, j’ai vite accepté et profité de cette grossesse avec comme objectif de reprendre les entraînements dès le lendemain de l’accouchement », se souvient-elle. Malheureusement les choses ne se sont pas passées aussi facilement que prévu pour « Mumu » : « J’ai eu beaucoup de mal à retrouver mon poids de forme. J’avais 30 kilos en trop, je n’avais plus de sensations, comme une débutante j’ai dû réapprendre à courir. Il m’a fallu deux ans pour revenir au plus haut niveau à la compétition. Heureusement que j’étais encouragée par mon entourage, sinon j’aurais craqué ».

Pour ou contre avoir un enfant pendant sa carrière ?  Pour Muriel, c’est oui sans hésitation malgré de nombreuses contraintes : « Cela permet au corps et à l’esprit de faire une coupure. Evidemment, ce n’est pas facile. Il faut s’organiser après la naissance, mais dans la tête c’est une motivation supplémentaire pour de nouveau remporter des médailles ».

Et du côté des athlètes de demi -fond et de fond, est-ce aussi facile que pour les sprinteuses de couper de longs mois et de reprendre sans trop de difficultés ? Témoignage d’Elodie Olivares, membre de l’Equipe de France sur 3 000 mètres steeple et maman depuis 2010 d’une petite Léa : « A 35 ans, j’avais vraiment envie de devenir maman tout en poursuivant ma carrière sur le cross et le 3 000 mètres steeple après ma grossesse ».
Les coureurs de demi-fond et fond sont tous d’accord pour avouer qu’un arrêt plus ou moins long est handicapant pour la performance car l’endurance se perd très vite. Plus la période de coupure est longue et plus la période pour revenir à son niveau sera longue. Mais cette problématique n’a pas découragé Elodie : « J’ai couru jusqu’au quatrième mois de ma grossesse. Ensuite, je marchais tous les jours jusqu’à la naissance de ma fille en mai 2010 ».

Prendre son temps

Comment reprendre la course et à quelle fréquence après une si longue coupure ? Elodie déclare avoir pris son temps avant de reprendre l’entraînement : « Comme après une blessure, il faut reprendre en douceur et sans objectif de chronos ou de performances, il faut se donner le temps de revenir ».
Mais comment être patient quand on a des échéances importantes comme les championnats du monde en 2011 à Daegu ? : « De mon point de vue, je savais que j’allais perdre deux saisons. Neuf mois pour la grossesse et un peu plus d’un an pour revenir au plus haut niveau. Evidemment il y a tout un protocole à respecter. Dans mon cas, après la naissance, je consultais deux fois par semaine une kinésithérapeute spécialisée dans la rééducation post natale des sportives. J’ai pris le temps de me réadapter aux entraînements ».
Une reprise difficile pour la gendarme de profession qui explique son désarroi au premier footing : « J’ai accouché en mai et j’ai repris le footing en septembre comme une débutante en alternant course/marche 3 fois 10 minutes ». Et d’après ses souvenirs, c’était loin d’être une partie de plaisir : « La première chose que je me suis dite c’est « ohlala quelle idée d’avoir arrêté, je ne sais plus courir ! Au secours, panique » », dit-elle en riant. Pas découragée, Elodie s’est accrochée. Un peu plus d’un an après sa grossesse, en juillet 2011 à Albi, elle terminait vice-championne de France derrière la recordwoman de France Sophie Duarte. Une jolie prestation 14 mois après un accouchement : « Il faut être prudent, prendre le temps de faire une bonne rééducation les premières semaines après l’accouchement car le corps est plus fragile, en particulier les ligaments. Puis j’ai fait une reprise en douceur par des footings, ensuite du fractionné type 30s/30s pour après enchaîner les sorties plus longues et rythmées ». Discours d’une maman heureuse, bien dans sa tête et dans son corps et qui, après une saison de cross cet hiver, aura comme objectif une qualification pour les Jeux Olympiques à Londres en juillet 2012.

Une question d’organisation

Finalement il est possible d’être maman pendant sa carrière car physiquement ces mamans athlètes reviennent à leur niveau. Mais pour Christine, Muriel et Elodie le problème se trouve ailleurs, dans l’organisation. Moins de temps pour soi, pour récupérer, pour se concentrer uniquement sur sa progression comme l’explique Muriel Hurtis: « Je n’avais pas prévu l’après grossesse et l’organisation avec un enfant. Je suis passée par des moments très difficiles. Il m’a fallu du temps pour bien gérer mon planning et ma récupération ». Pour Elodie Olivares cela ne pose aucun problème : « Dorénavant, je ne peux plus partir en stage de préparation des semaines entières à l’autre bout du monde, mais au quotidien je m’organise. Le matin je dépose ma fille chez la nourrice et moi je pars courir. L’après-midi je fais la sieste avec elle et le soir Léa m’accompagne au stade pour la deuxième séance. Aujourd’hui c’est la mascotte du club », s’enthousiasme-t-elle.

Les sportives de haut niveau peuvent se rassurer, elles peuvent être mamans et poursuivre leur carrière avec à leur côté un(e) supporteur (trice) en plus.

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