Mathieu Gluck : « La course à pied m’aide à évacuer la pression »

Le sport contre la dépression et le surpoids

Mathieu Gluck a 32 ans. Boulanger-pâtissier, il découvre la course à pied à l’aube de ses 30 ans à la suite d’une visite chez un médecin qui lui a diagnostiqué une dépression. Rencontre.

mathieu

Il habite Ohlungen, un petit village à 30 km de Strasbourg, et court depuis deux ans. Hier, il aimait le zapping, le ciné, les sorties entre potes… « Bref, rien de réellement passionnant » ; aujourd’hui, il est marathonien, avec un record à 3h09 lors du dernier marathon de Paris. Peu de personnes dans son entourage (lui, le premier) auraient pu imaginer qu’un jour, il avalerait les kilomètres avec passion.

Qu’est-ce qui t’a amené à chausser les runnings, saurais-tu définir le déclic ?

J’ai commencé la course à pied il y a deux ans, à l’aube de mes 30 ans… Pourquoi ? je ne sais pas trop… Le hasard, je dirais, ou une accumulation de choses. A cette époque de ma vie, à la suite de différents changements, je me suis retrouvé dans une sorte de dépression. Il fallait que je fasse quelque chose. Je suis allé consulter mon médecin traitant, qui m’a effectivement diagnostiqué un début de dépression ; heureusement, je suis allé consulter assez vite. Mon médecin m’a donc prescrit des cachets afin de m’aider à dormir et me permettre de relâcher la pression. Mais c’était compter sans le fait que je suis une tête de mule et que je n’aime pas les solutions trop faciles. Je n’avais pas envie de me droguer avec des médicaments et comme mon médecin m’avait conseillé de faire un peu de sport « afin de penser à autre chose »,  je me suis rendu deux fois par semaine à la piscine. Mais les beaux jours arrivant, la piscine se peuplait et faire des longueurs devenait difficile. Est venu le temps de la question : que faire comme sport quand on n’en aime aucun ? Bêtement, j’ai enfilé une paire de baskets quasi neuve, sans idée précise, je suis sorti de chez moi et je suis allé faire un tour en forêt….. Ce furent mes grands débuts en course à pied.

Comment s’est déroulée cette première sortie en forêt ?

C’était au mois de mai ou juin 2009, je n’avais pas la paire de baskets idéale pour courir, mais mon objectif était surtout de sortir, de bouger, et je ne savais pas que j’allais me mettre à courir. J’ai emprunté un parcours de 7 km balisé ; au début je marchais, puis je me suis mis à courir. Si quelqu’un m’a observé, ça a sans doute dû être drôle à voir, car  j’étais mort au bout de quelques secondes. Mais j’ai tenu et j’ai bouclé le parcours en marchant. Jour après jour, je suis retourné sur le même parcours en essayant de courir un peu plus chaque fois. J’ai investi dans une vraie paire de runnings et acheté un GPS pour connaître les kilomètres parcourus et je n’ai plus cessé de courir et de me fixer de nouveaux objectifs.

Comment se passaient ces séances ?

C’est drôle, car quand j’y réfléchis bien, je me dis que c’était une horreur… Je n’avais jamais fait de sport, je n’avais donc aucune vitesse, aucune endurance. Pourtant, petit à petit, je me suis habitué à ce parcours, à y revenir encore et encore. Même lorsque je n’arrivais pas à courir, je me forçais à le boucler au moins en marchant. Et puis un jour, j’ai bouclé les 7 km en courant sans jamais m’arrêter et mon parcours fétiche ne m’a plus suffi.

As-tu un souvenir plus marquant qu’un autre sur ces premières séances de course à pied ?

Oui, le regard des gens… Un exemple : un habitant de mon village, prof de sport, me voyant courir un soir, m’arrête. Nous discutons ensemble un moment, il me dit qu’il est vraiment surpris de ma volonté. Deux ans plus tard, il ne manque pas une occasion pour me demander mes résultats en courses. Il suit ma « petite carrière ».

« J’ai perdu 20 kg »

Est-ce que tu as changé physiquement ?

Oui, c’est le moins que l’on puisse dire. J’ai perdu 20 kilos. Je ne dirais pas que je les ai perdus facilement, ce serait mentir ; pourtant, je ne me suis pas vraiment rendu compte que je perdais du poids…

Perdre du poids n’était pas le but premier de ma pratique, mais j’ai pris ça comme un autre changement dans ma vie. Il faut dire que je suis un grignoteur né, alors vous imaginez, lorsque vous vivez et travaillez dans une boulangerie ! Ce n’est pas facile tous les jours.

Pour me résumer : lorsque je ne suis pas bien, je grignote, surtout devant la télé… La course à pied  m’a permis d’être bien dans ma peau ; de fait, je ne pensais plus à ma passion du chocolat et autres sucreries.

Lorsque j’ai constaté ces changements physiques, je me suis dit que je devais en profiter. Je me suis documenté : quoi manger, comment….. et je me suis mis à faire attention à mon alimentation, afin de garder un poids stable même pendant mes périodes de repos.

Aujourd’hui, tu t’inscris régulièrement sur des épreuves de course à pied. Comment as-tu franchi le cap ?

En fait, je surfais sur le net à la recherche d’informations sur la course à pied, je passais de blog en blog. Beaucoup parlaient des 20 km qui allaient se dérouler le 10/10/10. Ça m’a plu et je me suis lancé sans hésitation. J’ai passé un coup de fil à des amis parisiens pour les prévenir que j’arrivais… et je me suis retrouvé au départ. J’étais sur un nuage. Je vis en Alsace et je n’avais pas trouvé autre chose à faire qu’une course à Paris !

Avant le départ, j’étais stressé mais confiant. Je n’avais aucun objectif, j’étais juste là pour le plaisir, comme pour me récompenser de tous mes efforts. Cette première course est sans doute ma plus belle émotion, celle qui restera gravée. Je n’aurais jamais pensé qu’un jour, je m’inscrirais sur une compétition de course à pied. J’ai terminé en 1h33mn.

Depuis, tu as enchaîné et tu es passé sur marathon…

Oui, toujours Paris…. En mars dernier j’ai couru le semi de Paris en 1h29, puis le marathon…

Si ma première course est l’épreuve qui illustre mon changement de vie et ma reprise en main, mon plus beau souvenir pour l’instant a, lui, été le passage de la ligne d’arrivée du marathon de Paris. Ouah ! j’ai franchi la ligne (3h09) et j’ai fondu en larmes. Heureux d’avoir vaincu ces 42 km. Jamais je n’aurais pensé un jour pouvoir dire : « Je suis marathonien. »

Quelle est ta distance préférée ?

Ma distance préférée est sans doute le semi-marathon. Je voulais déjà tenter un 10 km, mais je ne m’y vois pas et je n’arrive pas à me lancer. Je préfère partir dans un semi, même si je ne m’y suis pas préparé. Ce fut le cas lors du semi de Strasbourg, en mai dernier, un mois après le marathon. Je n’avais pas beaucoup couru depuis, mais j’avais gagné un dossard, alors je me suis inscrit sur le semi. Je termine en 1h28mn, mieux qu’à Paris, où j’étais en pleine prépa pour le marathon.

Un rêve de coureur pour conclure ?

Continuer à courir et surtout me faire plaisir… J’ai aussi un rêve : le marathon de New York… Mais c’est une autre histoire…

Suivre Mathieu : http://blog.mathes67.com

8 réaction à cet article

  1. Bravo Mathieu, ton parcours est exemplaire ;)

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  2. Oh mince !
    Je savais pas que tu étais dealer de viennoiseries !
    Tu as dû sacrement prendre sur toi pour arriver à ces beaux résultats ;)

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  3. Bravo Mathieu,
    j’aime bien ton enthousiasme!

    Salvio

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  4. Il aurait été bien dommage que tu ne chausses pas te baskets il y deux ans!

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  5. Hello,

    la prochaine fois je m’arrête vraiment pour un autographe ! c’est super cette mise en avant, encore un peu plus de motivation d’engrengée !

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  6. Bravo à toi, bel article.
    Je te suis depuis quelque temps et je vais continuer à le faire.
    Bonne continuation

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  7. Que dire d’autres que MERCI de votre soutien

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  8. Bravo
    moi aussi je cour dans une forêt dès l’aube chaque mardi jeudi et samedi pas loin de chez moi depuis 1994 et suis bien dans ma peau.

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