Les Mondiaux des 100 km 2012, le 22 avril à Seregno-Brianza (Italie)

Ludovic Dilmi : « Apporter ma pierre à l’édifice »

A 47 ans, Ludovic Dilmi fêtera sa première sélection nationale le 22 avril 2012, lors des championnats du monde et d’Europe des 100 kilomètres en Italie. Champion de France 2011 de la distance, il compte bien aider l’équipe de France – championne d’Europe en titre – à honorer son rang.

Ludovic Dilmi

Lepape-info : Ludovic, où en êtes-vous dans votre préparation pour les Mondiaux des 100 km ?
Ludovic Dilmi :
Il me reste une semaine chargée en termes de préparation et de kilométrage. L’entraînement est pratiquement terminé. J’ai participé au marathon de Cheverny (le 1er avril) en tant que meneur d’allure (objectif 3 heures, ndlr). La semaine dernière, j’ai fait 230 kilomètres, et celle-ci je devrais osciller entre 200 et 210. Après, j’amorcerai une descente tout en douceur jusqu’aux Mondiaux.
Je suis quelqu’un qui a tendance à beaucoup travailler, avec de gros volumes et de grosses intensités. D’expérience, je n’ai jamais fait de très bons chronos avec des quantités et des intensités moindres. Et puis, cela me permet de moins subir la fatigue.

Lepape-info : Il y a quelques années, vous imaginiez-vous être sélectionné en Equipe de France ?
L.D. :
Pas vraiment. Pas du tout, même ! J’étais quelqu’un qui courait comme tout le monde, au milieu des pelotons. Et puis, au fur et à mesure, je me suis amélioré. Ca m’a donné envie de travailler un peu plus. Et comme ça marchait, j’ai encore travaillé un peu plus. Je me suis donc rapproché de la tête des pelotons. Etre sélectionné en équipe de France à 47 ans, c’est super.
Je ne peux pas dire que je manque de confiance en moi, mais je voyais des athlètes d’un niveau qui me semblait inaccessible. Tout cela demande beaucoup de sacrifices. Ca n’arrive pas par hasard. Il y a ceux qui ont des qualités exceptionnelles et qui les exploite. Moi, je suis plutôt besogneux.

Lepape-info : Quand avez-vous vraiment réalisé que cet objectif était à votre portée ?
L.D. : Après mon titre de champion de France l’an dernier. Les meilleurs couraient les Mondiaux quelques jours après et n’étaient donc pas présents sur ces championnats. Moi, j’avais de toute façon prévu d’y prendre part. Et au vu des circonstances, je me suis dit qu’il y avait une place de vétéran à prendre.
Tout s’est précisé pendant la course. A partir du 70ème kilomètre, et surtout du 80ème, j’ai compris que personne ne pourrait revenir derrière moi. Il aurait vraiment fallu que je m’effondre pour perdre mes 7 minutes d’avance sur les 20 derniers kilomètres. Là, je me suis dit qu’être champion de France, c’était quand même énorme. Le sélectionneur est venu me voir. Mais si on m’avait dit ça la veille de la course, je ne l’aurais pas cru.

Lepape-info : Avez-vous encore augmenté votre charge d’entraînement depuis ?
L.D. : Ca commence à être difficile de faire plus ! Mais j’ai surtout changé mon approche. Notamment en matière de nutrition et d’hygiène de vie. Je m’impose encore plus de rigueur. J’étais déjà vigilant avant, mais depuis quelque temps, je fais vraiment attention à ce que je mange.

Lepape-info : Dans quel état d’esprit vous rendez-vous aux Mondiaux ?
L.D. : Je veux faire en sorte que l’équipe de France revienne avec une médaille, apporter ma pierre à l’édifice. Nous n’avons aucune chance en individuel, même les meilleurs. Ca va se jouer en 6h25, 6h30, notre meilleur coureur a un record à 6h49 (Régis Raymond, ndlr)… Quant  moi, je sais que passer en dessous des 7 heures ce n’est pas possible, je n’en ai pas les capacités physiques. Mais je voudrais battre mon record personnel (7h23mn15s le 27/08/2011 à Theillay, ndlr). Si je peux faire partie des 15/20 meilleurs Mondiaux, ce sera bien.

Lepape-info : On imagine aussi que vous aurez un « objectif plaisir » ?
L.D. : Le plaisir, ce sera surtout après ! Parce que pendant la course, ça va être l’horreur. Les derniers kilomètres seront très durs. Et puis, avoir le maillot de l’équipe de France sur les épaules va nous imposer de nous surpasser. Mais je sais aussi que quand je serai sur la ligne de départ, je me dirai : « ça y est, j’y suis ! ».

Lepape-info : Revenons sur la notion de plaisir… est-elle vraiment absente pendant la course ?
L.D. : Non, c’est sûr, il ne faut pas exagérer. Personnellement, je prends du plaisir à courir longtemps. J’aime aussi le côté stratégique et tactique du 100 kilomètres. Et puis, il faut bien se connaître, bien gérer son corps, j’aime cet aspect-là.
La difficulté du 100 kilomètres, c’est qu’il faut se freiner. Pendant 40 kilomètres, et même au-delà, on est en attente. C’est long ! En ce qui me concerne, les 20 premiers kilomètres, je les trouve interminables. Quand on a passé le cap du 50ème, on commence à compter de manière dégressive : « 49, 48, 47, etc… ». C’est un cap psychologique. Ca n’est vraiment pas une course comme une autre, il faut constamment penser à maintenir l’allure, à boire régulièrement, à ne pas manquer un ravitaillement. Mais au final, quand j’ai couru 7 heures, je me dis que c’est passé vite !

Lepape-info : 2012 se présente bien pour vous avec cette sélection pour les Mondiaux des 100 km, puis sur 24 heures…
L.D. : Oui, le programme est sympa et bien équilibré. Deux championnats du monde la même année (Ludovic Dilmi est aussi sélectionné pour les championnats du monde de 24 heures, les 8 et 9 septembre, à Katowice en Pologne, ndlr), c’est quand même super. A 47 ans, j’arrive en retard mais je mets les bouchées doubles ! Après, on croise toujours les doigts pour ne pas se blesser. Mais sur le 24 heures, j’espère faire quelque chose de bien, être dans les 5 meilleurs Mondiaux.
C’est un format complètement différent, axé sur la résistance. Là, c’est vraiment long ! Au bout de la 12ème heure, on est à « la ramasse complet ». Dans une situation de stress pas possible, on a des difficultés à s’alimenter. Et ce n’est que la moitié du temps total ! Mais il y a quand même du plaisir au bout du compte ! (sourire) De toute façon, je crois que pour être un bon sportif, il faut être maso. Il faut aimer se faire mal, à ce niveau là, tous les athlètes ont ce point commun, hommes ou femmes. On nous prend souvent pour des « sur hommes », mais non. Simplement, nous sommes capables de mobiliser toute notre énergie pour atteindre un niveau de souffrance supérieur. En ce qui me concerne, j’ai cette capacité à déconnecter mon cerveau et mon corps. Même si mon cerveau me dit d’arrêter, je suis capable de continuer.

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