Julien Chorier : « Je commence à devenir performant à partir de 80 km »

Interview du dernier vainqueur de la Diagonale des Fous

C'est le traileur en forme du moment. Il sera le 12 février prochain au départ du Gruissan Phoebus Trail. Julien Chorier, 31 ans, ingénieur sécurité et environnement, répond à quelques questions pour mieux le connaître.

Julien Chorier Team Salomon

Quels sports avez-vous pratiqués avant le trail et pratiquez-vous aujourd’hui ?

Julien Chorier : J’ai débuté le sport en 97 par une année d’athlétisme. Je suis ensuite passé au cyclisme de 98 à 2006. J’ai couru dans toutes les catégories FFC avant de m’orienter presque uniquement vers les cyclosportives les deux dernières années. L’ambiance et les parcours me convenaient mieux. Actuellement, je fais toujours du vélo et l’hiver du ski de rando et de fond.

Comment avez-vous débuté le trail et pourquoi ?

J.C. : A la sortie des études, avec le travail, le vélo me prenait trop de temps. En mai 2006, je raccroche le vélo. En septembre, je fais le tour du lac du Bourget avec des amis. Ensuite, on me propose de faire la SaintéLyon en équipe. J’accepte, mais l’équipe ne peut pas se monter. Je décide de faire la SaintéLyon en solo. C’est ma première grosse course. Evidemment je suis parti trop vite, mais j’ai  terminé au courage. J’ai pris le virus. En 2007, j’inscris la CCC à mon programme avec le Tour de la Vanoise en prépa. Tout s’est enchaîné ensuite. Le trail est un sport facile à pratiquer en harmonie avec la nature. Pour l’instant, j’ai toujours réussi à m’entraîner quelles que soient les contraintes professionnelles ou climatiques.

Quelles distances et quels terrains préférez-vous en trail ?

J.C. : L’ultra montagnard car le coté découverte, mental, est vraiment très présent. L’effort, long, voire très long, à allure modérée me convient mieux. Je pense que je commence à devenir performant à partir de 80 km. La variété des terrains est intéressante. Mon gabarit pas trop léger ne m’est pas favorable sur neige.

Dans quel état d’esprit êtes-vous avant une course et sur le départ ?

J.C. : Quand je vais sur une course, c’est pour découvrir la région, mais avec une âme de compétiteur. Je recherche toujours la meilleure place et malheureusement il n’y en a qu’une ! Au départ, ma principale inquiétude est la blessure, tendinite, entorse ou autre. Autre souci lié au parcours : ne pas me perdre.

Julien Chorier Team SalomonQuels sont vos points forts et vos points faibles ?

J.C. : Je pense que mon point fort est ma volonté et une certaine rigueur dans la préparation. Mon entraîneur, Gildas Penverne, me fait des plans au jour le jour. A certaines périodes, il est difficile de réaliser les séances programmées : météo, contraintes professionnelles,… Mais la plupart du temps, en mettant par exemple le réveil plus tôt, j’arrive presque tout le temps à les planifier. Mon gros point faible est une grosse difficulté à maintenir la balance dans le vert, j’aime trop les bonnes choses ! Mon poids varie entre 65 et 72kg.

Quel est le plus beau chemin sur lequel vous avez couru ? Vos joies et déceptions ?

J.C. : De nombreux chemins sont magnifiques. S’il fallait n’en garder qu’un, je dirais les crêtes à plus de 4000 m lors de l’Hardrock dans le Colorado.
L’arrivée du Grand Raid de la Réunion avec ma fille reste une émotion vraiment profonde.
Grosse déception et souffrance en revanche suite à mon abandon dans l’UTMB 2009. J’étais à bout de force. Suite à un début de course difficile, je pense avoir pris froid. Dès Saint-Gervais j’ai eu des problèmes intestinaux. La météo difficile a fini de m’achever dans le grand col Ferret. J’ai insisté en me ravitaillant bien jusqu’à la Fouly, puis Champex, mais à Trient, je n’avais vraiment plus d’énergie. Lors d’un échec, je baisse la tête, analyse et repars très vite à l’entraînement pour viser un nouvel objectif.

Votre plus belle rencontre sur le plan humain ?

J.C. : J’ai beaucoup apprécié la rencontre avec un jeune guide kényan, grâce à sa philosophie, approche de la vie, de la nature et de la montagne. En dehors de son métier de guide, il court pendant la saison des pluies le marathon en moins de 2 h 20.

Quelle serait la course de vos rêves ?

J.C. : Je prends énormément de plaisir à découvrir de nouvelles régions à travers la course à pied. Le dépaysement et la montagne rendent ces aventures mémorables. Je rêve d’une grande traversé mythique comme le GR20 en Corse ou dans les Alpes du type de la haute route Chamonix Zermatt ou de la grande traversée des Alpes de Thonon à Nice. J’aimerais participer à une course himalayenne.

Quel bilan tirez-vous de 2011 ?

J.C. : Mes deux principaux objectifs étaient le Grand Raid de la Réunion et la Hardrock. Mes victoires sur ces deux courses me satisfont complètement même si le début de l’année a été difficile.

Quel est votre calendrier 2012 ?

J.C. : Mon planning est quasiment bouclé pour le premier semestre. 12 février : Gruissan Phoebus Trail, 8 avril : Trail des Citadelles, 5 mai : Trail du Nivolet-Revard, 18 mai :  ultra trail du Mont Fuji, 23 juin : Zugspitz ultra trail. Je devrais aussi passer par Chamonix à la fin du mois d’août.

Julien Chorier Team SalomonParlez nous de votre entraînement, comment s’organise-t-il ?

J.C. : Je totalise chaque année environ 3 500 km et 180 000 m de D + en course à pied, 3 500 km et 55 000 m de D + en vélo et 180 km et 15 000 m de D + à skis.
En moyenne, j’effectue chaque semaine 6 séances dont une en vélo. Sur les 4 séances course à pied, il y a une sortie nature d’1 h 30 à 2 heures, une séance de piste, au printemps du type 15 x 500 m, plus en été et une séance de spécifique : travail en côtes : 30s/30s. J’essaie de garder le lundi comme jours de repos. L’organisation avec mon job d’ingénieur a été rendu plus facile avec mon passage à temps partiel début 2011.
J’alterne au maximum les types d’effort mais ma préférence va au footing sur une boucle d’une petite vingtaine de km et 1 500 m de D+ qui me permet de rejoindre le plateau de la Chartreuse depuis mon domicile. Je prends le plus de plaisir en allure d’endurance sur des circuits bien montagneux. J’ai beaucoup de mal à structurer seul mon entraînement. Mon entraîneur Gildas Penverne, entraîneur national de course hors stade de niveau 3, m’apporte cette rigueur avec un plan détaillé au jour le jour. 
Pour que les séances passent, les faire à plusieurs est important. Seul, j’ai du mal à monter dans les tours. 
Ma motivation vient en me projetant vers de nouvelles aventures, découvertes et objectifs. Un plan d’entraînement structuré m’aide beaucoup. Il est normal d’avoir des périodes difficiles mais savoir que ça ne va pas durer, ça aide.

Quel regard portez-vous sur l’essor du trail ?

J.C. : L’essor du trail est une très bonne chose ! Cependant, il faudra négocier le virage avec soin. Le trail prend la même courbe de progression que le VTT il y a quelques années. Attention de ne pas trop l’aseptiser. Il faut mettre des règles claires dans certains domaines. Les organisateurs de l’UTMB le font concernant le dopage par exemple. Placer des chartes, des contrôles, est une très bonne chose. Il n’y a pas qu’un type d’épreuve, chaque trail a ses spécificités. Il faut garder cette particularité. Sinon, il perdrait son âme et son intérêt.

Le trail running, discipline olympique ?

J.C. : Oui pourquoi pas, mais il me semble difficile de réaliser un parcours qui soit à la fois dans « l’esprit trail » et qui permette un suivi comme une épreuve olympique. Actuellement il n’y a pas d’épreuve de plus de 10 heures. Si la course est trop réduite, on sera trop proche du cross et loin de ma vision du trail running.

Quels conseils donneriez-vous à un traileur ?

J.C. : De prendre son temps, de se fixer des objectifs et se donner les moyens de les atteindre. Le plaisir en est la clef. J’aime bien une citation d’Arthur Ashe : « Une des clés du succès est la confiance en soi. Une des clés de la confiance en soi est la préparation ».

Que faites-vous pendant votre temps libre, quelles sont vos autres passions ?

J.C. : Je prends du temps en famille avec ma femme et mes deux filles. Des balades, des jeux, la vie de papa. Quand les beaux jours arrivent, j’aime bien essayer de faire survivre un potager. Pas toujours facile. J’écoute aussi des musiques, j’aime bien varier. Je découvre souvent les albums en courant même si je ne prends que rarement mon lecteur. Je dois faire 80% de mes sorties sans. La musique m’aide quand la météo est mauvaise, le moral pas top ou encore la nuit.

Quels champions admirez-vous ?

J.C. : Il y en a beaucoup, tous dans des secteurs différents. Je suis vraiment fan de biathlon et de course d’orientation de part la spécificité de ces sports qui demandent  beaucoup de qualité physiques et de concentration. Les parcours de Raphaël Poirée et Vincent Jay me font rêver. J’aurais certainement aimé être champion dans un autre sport mais regarder dans le rétroviseur ne fait pas avancer. Je ne suis peut être pas un champion dans mon sport mais j’y prends beaucoup de plaisir. C’est l’essentiel, non ?

Si vous étiez une montagne et un chemin ?

J.C. : Si j’étais une montagne ce serait le Mont Cervin et si j’étais un chemin, je choisirais  un single sinueux sortant des bois pour atteindre les neiges permanentes d’un sommet alpin.

Julien Chorier
Né le 16 octobre 1980 à Saint Martin d’Hères
Membre du Team Salomon 2012
1,75 m, 68 kg
FCB / FCM : 31 en FCB sur un holter / max : 183
VO2 max : 73.1 (test sur un vélo en 2009)
Son site perso : www.julienchorier.com

Palmarès

2011
1er du Hardrock Hundred Endurance Run (160 km)
1er du Grand Raid de la Réunion (163 km)
1er de l’ultra-Technitrail de Tiranges (80 km)

2010
1er du trail des Croque chemins (30 km)
1er du trail l’Ardéchois (57 km) 
1er du grand raid 73-Petit Savoyard (23 km)
1er de l’Andorra ultra trail Vallnord (112 km)

2009
1er du Drayes blanches
1er du Drayes du Vercors
1er du Grand Raid de La Réunion

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