Joël Lainé, le chef d’orchestre du marathon de Paris prend sa retraite

Le 1er mai, il prendra sa retraite. Durant 25 ans, il s’est consacré au semi et au marathon de Paris, le patron quitte le navire avec la sensation du travail accompli.

Joel Lainé et Christine Arron
Joel Lainé au marathon de Lyon

C’est un personnage emblématique du monde de la course à pied. Depuis des années, vous le croisez au hasard de vos courses tenant le stand du semi et du marathon de Paris avec deux chaises et un tréteau. De La Rochelle au Médoc en passant par le Mont-Saint-Michel, les Gendarmes et les voleurs de temps et tant d’autres courses, il vous a donné des ponchos, des pansements, il vous a renseigné sur les épreuves et a répondu à toutes vos questions sur l’organisation des épreuves ASO.

« Le contact est très important. Cela permet de sentir les besoins et les attentes du peloton. J’ai toujours considéré que seul le terrain permet de garder les pieds sur terre. »

Et l’homme sait de quoi il parle car s’il est à la tête de ces épreuves depuis 1989, il a aussi œuvré en politique à la mairie de Paris aux côtés de Jacques Chirac et Jean Tibéri. « Dans l’ombre comme adjoint. Je n’ai jamais envisagé prendre plus de responsabilités. J’ai toujours apprécié d’être aux côtés du pouvoir et non au pouvoir, » explique t-il sans l’once d’un regret et avec un petit sourire en coin qui le caractérise parfaitement.

Lorsqu’en 1988, il commence à s’intéresser au dossier du marathon de Paris, Joël Lainé est conseillé délégué auprès de l’adjoint chargé des sports de la mairie de Paris, un certain Guy Drut. L’année suivante, il se saisit du dossier. Dans sa vie professionnelle, il est ingénieur en électronique chez Dassault et restera salarié de l’entreprise jusqu’en 1995. Une double activité qui lui prend beaucoup de temps « J’ai un peu délaissé ma famille à cette époque. C’est un regret mais je compense aujourd’hui avec ma fille et surtout ma petite fille. Nous avions trouvé un équilibre et je jonglais entre les casquettes. »

Un homme aux multiples casquettes
Dès son enfance, le futur patron du marathon de Paris a baigné dans la politique. Boy scout, il a connu l’après-guerre et les différents mouvements associatifs. « Et puis il y a eu 68 avec ceux qui ont adhéré au mouvement et les autres. J’ai opté pour ces dernier et me suis impliqué en politique ». En 1978, il est maire adjoint chargé des sport à la mairie du 12e puis conseiller de Paris en 1983 avant de prendre ses fonctions de maire adjoint chargé des sports de la mairie de Paris en 1989. Il sera aussi membre du comité directeur du RPR ou encore député suppléant. Alors lorsqu’en 1995, il quitte Dassault, il prend la direction du CIDJ (Centre d’Information et de documentation jeunesse) sur demande de Guy Drut. « J’ai occupé ce poste jusqu’en 98 ».

Joel Lainé et Guy Drut
Guy Drut (maire adjoint chargé des sports à la mairie de Parisà à la droite de Joel Lainé

Entre temps, Joël Lainé est donc devenu le patron du semi et du marathon de Paris. Epreuves gérées par la mairie, Patrick Aknin étant le prestataire opérationnel. Le peloton est alors composé de 10 000 participants. L’objectif est de donner au marathon l’aura des marathons des grandes villes du monde. Il faut alors enfiler le bleu de chauffe à défaut des runnings.  Joël Lainé décide d’aller au marathon de  New York, de rencontrer les dirigeants et de monter un stand. Et le terrain fonctionne. Au fil des ans, le marathon prend de l’ampleur mais la bascule ne se fait vraiment qu’en 1998, lorsque la mairie donne à ASO la licence d’utilisation de la marque. Le semi-marathon et le marathon de Paris change de patron, Joël Lainé aussi. Il y a alors 22 000 coureurs au départ « le profil des coureurs commençait à changer. Ce n’était plus uniquement des coureurs avertis, concentrés sur le chrono et la performance. Nous en avons rapidement pris conscience et nous avons commencé à proposer plus de services, des animations. Le public changeait aussi et acceptait bien plus facilement que les coureurs envahissent Paris durant une journée. Jusqu’en 1995, on recevait des lettres d’insultes à la mairie. On a toujours des mécontents mais ils sont devenus largement minoritaires. »

Evidemment le peloton 2014 n’est plus du tout le même qu’en 1989. « Il est plus exigeant. Ce n’est plus uniquement un coureur qui veut parcourir ses 42,195 en toute sécurité. C’est un client qui veut et exige une qualité irréprochable, chose que je comprends mais qui ne permet aucune erreur et demande une grande anticipation. Le niveau de vie a aussi évolué, dans le peloton il y a beaucoup de CSP, CSP+. Le niveau a baissé mais contrairement à beaucoup cela ne me désespère pas, bien au contraire. Cela signifie que de plus de personnes se soucient de leur santé, de leur bien-être et voir tous ses visages heureux sur la ligne d’arrivée, c’est du pur bonheur. Je l’avoue, je prends plus de plaisir en observant les arrivées autours de 4h30. Lorsque les athlètes de haut niveau passent la ligne c’est beau mais l’émotion est moins forte. D’ailleurs, si le temps limite officiel est de 5h40, on laisse tous les finishers passer la ligne. J’aime aussi assister le départ avec tous ses partants qui s’élancent la fleur au fusil. C’est fort, surtout lorsque l’on sait ce qui les attend avec des déceptions, pleurs, des détresses et des joies indescriptibles à l’arrivée. »

Une succession assurée
Durant ces années, Joël Lainé a construit ses équipes, formés des hommes et des femmes qui se chargeront de sa successions à l’image de Thomas Delpeuch qu’il évoque avec fierté révélant la profonde amitié qu’il éprouve pour son « poulain ». « Je l’ai convaincu de venir dans l’aventure alors qu’il aurait pu prétendre à des fonctions bien plus valorisants. Il était sur-compétent pour le poste mais là il va prendre en charge le service concurrents des épreuves de grande masse. Avec mon départ,il y aura un patron Edouard Cassignol chargé plus spécialement du développement et de la direction des événements grand public et quatre pôles en fonction des disciplines coiffés par Thomas Delpeuch.»

Joel Lainé et Christine Arron
Joel Lainé avec Christine Arron, lors d’un départ du 10 km l’Equipe

Ses successeurs devront comme Joël penser à l’avenir, aux possibles développements, aux améliorations à apporter et répondre à la demande sans se laisser déborder. Au fil des ans, il y eut des incidents, des accidents, des drames et il y en aura certainement d’autres. Il faudra aussi répondre aux critiques concernant notamment le coté business en étant toujours plus exigeant. « On entendra toujours ses remarques. ASO est une entreprise, elle ne peut organiser à perte. Et surtout, il y a de nombreux salariés qui œuvrent tous les jours qu’il faut payer. Je dirais aussi plus crument : si les coureurs ne sont pas satisfaits, qu’ils ne prennent pas de dossards ! C’est la loi de l’offre et de la demande et nous restons un des plus grands marathons du monde le moins cher. »

A 65 ans, Joël Lainé n’est pas aigri et ne semble pas éprouver de tristesse de quitter le bateau amiral des épreuves hors stade en France. Il restera aux côtés des dirigeants d’ASO en tant que consultant et interviendra sur quelques dossiers. Il passera aussi voir les amis de longues dates comme Jean-Luc Monge, des Gendarmes et des voleurs de Temps, Hubert Rocher du Marathon du Médoc et tant d’autres figures de la course à pied. « Ce sont des amis avant tout ! Nous avons créé ensemble ADADIS, une association de « malfaiteurs ! Ou plus sérieusement l’association des amis des dirigeants incontournables du sport, » explique t il dans un grand éclat de rire. « En fait c’est surtout un bon moyen d’entretenir l’amitié entre organisateurs de course hors stade. On se regroupe une fois par an le temps d’un week-end histoire de décompresser et de parler… un peu de course à pied. »

Membre à vie de l’association, Joël Lainé pause sa casquette de « patron » du semi-marathon et du marathon de Paris mais ne sera donc jamais loin. Un pied dans le monde de la course à pied, un autre pour sa famille, ses amis et ses différentes passions telles que les Jeep de l’armée et autres symboles militaires ou encore le jardinage, le retraité restera sans nul doute un actif.

Quelques photos souvenirs

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