International Swimming League : le bilan après 6 étapes

Le nouveau circuit professionnel de la natation mondial a fait une entrée tonitruante dans le petit monde de la natation, avec 6 étapes en petit bassin durant cet automne, où la plupart des meilleurs nageurs de la planète se sont affrontés, sous les couleurs de 8 franchises. Ce nouveau circuit a été souhaité par le milliardaire Konstantin Grigorishin qui a injecté environ 25 millions d’euros pour organiser ces compétitions.

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Aujourd’hui, le but est clairement affiché : rendre la natation beaucoup plus médiatique et permettre aux nageurs de vivre de leur pratique sportive, en étant de vrais professionnels. La volonté est de dynamiser les compétitions de natation, qui, il faut l’avouer, n’attirent pas spécialement le grand public, hormis lors des Jeux Olympiques, tous les 4 ans…

(International Swimming League’s website)

 

Le format

 

Le format de compétition vient rénover – presque – totalement le schéma de compétition classique de natation. Les nageurs se battent pour une équipe et non pour eux-mêmes. Bien que l’esprit d’équipe existe en natation, avec notamment la présence de relais lors des compétitions internationales, ce nouveau format vient changer les codes de la natation de compétition. La compétition (ou match) présente 4 équipes qui se confrontent et engagent 2 nageurs par épreuve. On oublie donc les séries interminables, avec uniquement une série par épreuve et par sexe. Deux sessions de deux heures suffisent donc pour organiser l’évènement. 

Une autre nouveauté est l’apparition d’une nouvelle épreuve nommée « Skins Race » en anglais. Elle consiste à enchainer 3 fois un 50m nage libre, avec 3 minutes de repos entre chaque série. Les participants commencent à 8, avec 2 nageurs pour chaque équipe. A l’issue du 50m, les 4 premiers sont sélectionnés pour le tour suivant, alors que les 4 derniers sont éliminés. Ensuite, ce sont les deux premiers qui sont retenus pour la grande finale. Nous verrons que cette épreuve tient toutes ses promesses. Elle implique de nouvelles capacités physiologiques et ce n’est pas toujours le plus rapide sur un « 50m sec » qui gagne. Cette épreuve compte triple en termes de points et permet donc de remonter au classement général de total de points. 

 

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(Illustration de la récupération de Florent Manaudou pendant la Skins Race de Londres)

A la fin de la compétition, c’est évidemment l’équipe qui totalise le plus de points, qui l’emporte. 

 

 

Les équipes

 

Cette saison, la compétition compte 8 équipes, 4 franchises américaines (Cali Condors, LA Current, NY Breakers et DC Trident) et 4 franchises européennes (Energy Standard, Iron, Aqua Centurions et London Roar). Chaque équipe est composée de 12 hommes et 12 femmes (avec quelques remplaçants qui sont arrivés en cours de saison). Les engagements sont libres et chaque sélectionneur peut donc engager un nageur sur plusieurs épreuves, comme faire l’impasse pour certains nageurs. Il doit évaluer la meilleure stratégie de composition d’équipe pour glaner le maximum de points. 

Chaque équipe connait une identité plus ou moins marquée avec par exemple l’équipe d’Energy Standard, qui a un socle autour de toute l’équipe d’entrainement basée à Belek (Turquie) pilotée par James Gibson. Chad Le Clos, Sarah Sjöström et Florent Manaudou (pour ne citer qu’eux) font partie du groupe. L’équipe Aqua Centurions s’est construite autour de la star italienne Federica Pellegrini, et nombreux de ses compatriotes l’ont rejoint. Il en va de même pour les London Roar qui se sont entourés d’Adam Peaty et de quelques camarades australiens, l’identité anglo-saxonne est donc très prégnante de leur côté. Chez les franchises américaines, on retrouve évidemment beaucoup d’américains et de nageurs universitaires, avec notamment la française Béryl Gastaldello chez LA Current. 

Vous retrouverez ci-dessous, la composition des huit équipes.

caeleb dressel le clos michael andrew robert glinta

 

Les nageurs

 

Comme vous pouvez le constater sur les tableaux précédents, le plateau de nageurs participants à l’ISL est exceptionnel, il est même difficile de comptabiliser l’intégralité du palmarès des champions olympiques, champions et recordman du monde présents. Caeleb Dressel, Adam Peaty, Katinka Hosszu et Sarah Sjostrom font partie de cette liste. La plupart ses stars de l’élite mondiale ont participé à ces premières compétitions. Toutefois, le graphique suivant montre bien que les Etats-Unis sont de loin le pays le plus représentés en termes de participants. Ils sont suivis par les australiens, les britanniques, les canadiens, les hongrois et les italiens. La France compte 6 participants. A noter que les asiatiques sont très peu représentés, avec seulement un japonais et un hong-kongais…

 

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La retransmission

 

La compétition est diffusée sur toute la planète (en France, sur Eurosport). On peut dire que l’ISL a mis le paquet sur les effets lumineux et sonores afin de dynamiser l’ambiance de la compétition. Chaque équipe se situe sur le bord du bassin, et des interviews sont réalisés directement après les courses. Les nageurs arrivent deux par deux, avec une mise en lumière de chaque équipe. Lors de la course, les puristes regretteront le manque d’informations sur les temps intermédiaires et sur les temps à l’arrivée (seul le temps du premier est disponible à l’écran). Mais le but semble davantage de mettre en valeur la confrontation, le grand public appréciera certainement. On aime le fait de se battre pour une place plutôt que pour un temps, c’est aussi ça, la compétition (même si les nageurs n’y sont pas forcément habitués…).

 

 

Les performances

 

Revenons tout de même à l’essence du sport de compétition : les performances ! Et bien, il est facile de déclarer que l’ISL tient ses promesses également en termes de performance puisqu’une bonne partie des meilleures performances mondiales de la saison ont été réalisées lors de ce premier circuit de 6 étapes. On a d’ailleurs pu voir un record du monde tomber (lors de l’étape de Budapest), celui du 100m dos féminin, où l’Australienne Minna Atherton est passée sous la barre des 55 secondes, en réalisant un temps de 54’’89, et battant la performance de Katinka Hosszu datant de 2014 (55’’03). Nous avons aussi vu la superbe performance de la star américaine Katie Ledecky, réalisant le record des Etats-Unis du 400NL en 3’54’’06 lors de la première étape à Indianapolis. Elle s’est approchée tout près du record du monde de l’Australienne Ariarne Titmus. Toutefois, il semble encore compromis que les records battus lors des étapes de l’ISL soient reconnus par la Fédération Internationale de Natation (FINA). Déjà en décembre 2018, cette dernière avait fait en sorte qu’une première compétition organisée par les dirigeants de l’ISL soit annulée. 

 

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Du côté français, on ne sait pas encore si ces performances seront enregistrés dans les tablettes fédérales, mais plusieurs records de France ont été battus, notamment par Béryl Gastaldello sur les épreuves de 50m et Fantine Lesaffre sur le 400m 4N. Enfin, le come-back de Florent Manaudou n’a échappé à personne. Il a d’ailleurs réalisé la meilleure performance mondiale de l’année sur 50m NL, en réalisant un temps de 20’’57, dépassant les 20’’64 réalisés par Caeleb Dressel quelques semaines auparavant (toujours dans le cadre de l’ISL).

 

(Béryl Gastaldello sera l’une des 4 têtes d’affiches de la finale à Las Vegas fin décembre).

 

 

Et la suite ? 

 

La suite nous amène donc à Las Vegas les 20 et 21 décembre dans la piscine du Mandalay Bay où 4 équipes tenteront de gagner la compétition : Cali Condors, LA Current, Energy Standard et London Roar. Le show promet d’être grandiose et on peut s’attendre à quelques surprises pour la finale de cette première édition. Ensuite, la préparation des Jeux Olympiques reprendra son cours (même si elle ne s’était pas vraiment arrêtée). Pendant ce temps, les organisateurs de l’ISL plancheront sur la deuxième édition. Les bruits de couloirs annoncent déjà davantage de compétitions, ainsi que davantage d’équipes. En ce qui concerne la France, la presse parle d’une compétition organisée au stade Vélodrome à Marseille. Alors, vivement la suite !

 

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