Carmen Oliveras nous raconte son stage au Kénya du 18 décembre 2011 au 14 janvier 2012

Une leçon : ne jamais se décourager, ne jamais se sentir vaincu, toujours aller de l’avant.

Durant 1 mois Carmen Olivieras a vécu à Iten au Kényan dans le fief des champions. Un récit plein d’émotions.

Kenya stage de Carmen Oliveras

« Je suis partie au Kénya avec une petite appréhension : j’allais découvrir un pays qui m’était totalement inconnu. A ma grande surprise, dès mon arrivée, je n’avais plus aucune crainte. Le personnel de la villa nous a chaleureusement reçus et a fait en sorte que nous nous sentions bien :  ils ont été tout au long de notre séjour à nos petits soins.

A vrai dire, je n’avais pas envisagé de partir en stage, surtout aussi loin. Mais lorsque courant novembre 2011, Jean-François Pontier, entraîneur national, m’a proposé d’intégrer un groupe d’athlètes le temps d’un stage qui se déroulait à Iten au Kénya, Jean, mon mari et entraîneur, m’a incitée à partir pour que je puisse vivre cette aventure. J’ai donc accepté pour deux raisons : la première afin de m’entraîner avec un groupe, ce qui est toujours plus sympa, et la seconde bien évidemment pour découvrir les terres kényanes.

Au final je me suis adaptée très rapidement à la vie kényane, et à leur  rythme. Tout me paraissait simple car je n’avais besoin de rien pour vivre, juste le strict minimum. Et comme de toute façon le superflu n’existe pas, il n’y a pas de tentation. A Iten, je ne me sentais pas en insécurité, mais à Eldoret, la ville la plus proche, oui. J’avais peur car lors de nos balades nous étions très rapidement remarqués. Pour les habitants, nous somme riches et la tentation de nous voler était palpable. De fait, lors de nos sorties nous étions, à chaque fois, accompagnés de nos amis athlètes, ce qui nous rassurait énormément.

Un lever à 6 heures du matin

Nous vivions dans une grande villa avec du personnel kényan : une cuisinière, une femme de ménage et deux gardiens. Je m’entraînais deux fois par jour : le matin à 6h, au lever du soleil, ou à 9h et l’après-midi à 16h30. Nous faisions tous les mêmes entraînements, en restant très soudés, la bonne ambiance a régné durant tout le séjour.

Lors de nos footings, nous avons intégré des groupes de Kényans qui nous montraient les parcours, tout naturellement nous avons suivi leurs allures. Et je courais à la façon kényane ! Je m’explique. Les footings commençaient très lentement, à 11-12 km/h et ils se terminaient pour nous les filles à 16-17 km/h. Il ne faut pas oublier que ces allures sont effectuées à 2500m d’altitude, ce qui rendait l’entraînement plus difficile sachant aussi que les parcours étaient variés et très vallonnés.

J’étais la plus faible du groupe. Il m’a donc fallu faire un travail sur moi-même afin d’accepter d’être en queue de peloton lors de toutes lesKenya stage de Carmen Oliveras sorties. En début de stage, j’ai souffert par l’altitude et les allures trop élevées par rapport à mon niveau de début de stage. Mais, je me suis accrochée, je ne me suis jamais découragée, je savais que les coureurs et coureuses kényanes avaient un niveau exceptionnel. De ce fait, j’ai énormément travaillé mon mental : ne jamais baisser les bras, toujours se battre même dans les moments difficiles. J’ai adopté la mentalité kényane : l’abnégation à la souffrance.

Durant ce stage je me suis entraînée deux fois plus qu’en France, dans des conditions idéales (26 degrés) et je me suis petit à petit adaptée à l’entraînement.

Le Kénya est un très beau pays par ses paysages, ses vallées, ses montagnes, ses lacs et ses réserves naturelles. La vallée du grand rift, la Rift Valley, une grande faille qui s’étend sur des milliers de kilomètre (6000 km), est magnifique. J’ai été très émue lorsque j’ai traversé l’Equateur, ce fut une grande émotion. Je me suis sentie chanceuse, privilégiée, cela restera un moment très particulier de ma vie.

Je me rends compte de la chance que j’ai d’être allée au Kénya, d’avoir pu approcher cette population qui est si lointaine et si différente de nous. Quel enrichissement ce fut pour moi humainement.

Une grande expérience humaine et sportive

J’ai été très touchée par les enfants, livrés à eux même très tôt, se satisfaisant du strict minimum, ne connaissant pas le plaisir des jouets que connaissent nos enfants, les friandises et tout le reste. Mais, ils ne paraissent pas malheureux, ils sont toujours souriants, se satisfaisant de ce que leurs parents peuvent leur offrir.

Il est évident que je n’ai jamais cessé de comparer leur vie avec la mienne en constatant les écarts entre leur condition de vie et la nôtre. Bien sûr, il faut relativiser. Je sais bien qu’il ne faut pas tout comparer car nos deux pays ont deux histoires et des évolutions très différentes, mais tout de même, je me rends compte que nous évoluons dans une société de consommation à outrance, d’exagération et parfois de « bêtise ». Cela fait du bien de temps en temps de se le prendre en face.

Kenya stage de Carmen OliverasCe fut une grande expérience humaine et sportive. Quelle chance d’avoir partagé ma passion avec des athlètes kényans, des athlètes hors norme, des « bêtes » de la course à pied, des athlètes inépuisables et généreux dans l’effort. Une vraie leçon de vie et une conclusion : ne jamais se décourager, ne jamais se sentir vaincu, toujours aller de l’avant.

Il ne faut jamais oublier, que ces athlètes s’entraînent énormément parce qu’ils espèrent surtout changer leur vie grâce à la course à pied. Quel courage !!

Si je devais avoir la chance d’avoir encore une fois une telle proposition, j’accepterais sans hésitation les yeux fermés !!

J’envisage d’ailleurs de retourner au Kenya, cette fois avec mon fils afin qu’il voie un autre mode de vie. Qu’il constate qu’il existe une autre façon de vivre, beaucoup plus simple en étant heureux autrement. Je me rends compte à quel point il est important que nous même et nos enfants nous rendions compte à quel point nous sommes chanceux et que dans d’autres endroits dans le monde, on vit bien différemment et dans des conditions bien plus difficiles.

Depuis que je suis revenue, je ne cesse de penser aux gens que j’ai rencontrés et que j’ai laissés là-bas, comme si je culpabilisais de les avoir abandonnés à leur quotidien tout en me demandant aussi qui est le plus malheureux entre eux et moi !!!

Carmen Oliveras

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