Barbara Halary-Lafond, sport et course à pied comme moteurs

Sa vie a basculé suite au grave accident de son mari. Une vie de famille chamboulée, un nouveau couple à construire. Mais une énergie folle et une passion intacte pour le sport et notamment la course à pied. Rencontre avec Barbara Halary-Lafond.

Barbara Halary Lafond

Elle raconte avec le sourire que son plus jeune fils (huit ans), lui a un jour lancé : « C’est marrant, maman, avec toi il n’y a jamais de problèmes, que des solutions ». Et confirme : « C’est vrai que je dis souvent ça ! ». En cette fin d’avril 2014, Barbara Halary-Lafond fête ses 44 ans. La quarantaine pétillante. Un physique qui ne laisse en rien deviner ses quatre grossesses (dont la première pour des jumeaux). Et un sourire qui cache bien les difficultés que la vie lui a réservées.

Retour en arrière. Début 2008. Barbara et Jean-Louis mènent une existence heureuse et épanouie que beaucoup leur envient. Des carrières professionnelles bien remplies. Cinq enfants. Et du sport. Beaucoup de sport. Du tennis, surtout, pour Jean-Louis. De la course à pied pour Barbara. Le couple prépare le marathon de New York. Mais le week-end de Pentecôte va faire voler en éclats tous leurs projets. Un accident de scooter à 20 km/heure. De longues semaines de coma. Et des mots très durs. « Votre mari sera un légume à vie, les lésions sont très sévères, il est inutile de prolonger son coma ».

Ces avis très pessimistes, Barbara Halary-Lafond les raconte dans son livre « La course de la Mouette »(1), publié six ans après ces mois qui ont fait basculer sa vie. Entre-temps, après vingt-deux mois d’hospitalisation, et un acharnement sans faille de sa femme, Jean-Louis a déjoué les pronostics. Il marche, parle. « Il a très bien récupéré au niveau physique », constate Barbara. Mais garde de sérieuses séquelles qui nécessitent une auxiliaire de vie. Il est aveugle et « n’a pas de repères spatio-temporels ». « Il peut se tromper de prénom pour moi ou les enfants. Ne sait parfois plus où il est ni quel jour ou année nous sommes ».

« La course à pied permet de se vider la tête. Je pars avec un problème, je reviens avec une solution » 

« La Mouette », comme le surnomme son entourage, n’est plus le même homme. « Nous ne sommes plus le même couple », souffle son épouse. Mais au milieu de ce tremblement de terre, le sport a conservé sa place centrale. Pour Jean-Louis, les matches de tennis endiablés ont été remplacés par des séances au filet,  « à la volée ». « Même sans la voir, il sent la balle ». Barbara, elle, n’a jamais vraiment lâché la course à pied. « Sauf pendant le premier mois après l’accident. Là, c’était impossible. On ne pense pas à soi dans ces moments-là. On est dans un autre monde. J’étais tournée vers lui. Il fallait qu’il vive ». Et puis, progressivement, l’envie est revenue. « J’ai repris doucement, à 7 km/heure, avec une amie, Léa. Toute seule, je ne l’aurais pas fait. J’en avais besoin avant d’aller à l’hôpital. J’arrivais revigorée. Ce n’était pas une thérapie, je ne parlais pas forcément, mais ça me faisait du bien ».

Barbara Halary Lafond course de la mouette marathon de Paris 2014
Le groupe de coureurs « La course de la Mouette » sur le marathon de Paris 2014.

Sœur d’un ancien international de rugby, Barbara Halary-Lafond est issue d’une « famille de sportifs ». « J’ai toujours aimé courir, j’étais très forte en sport, c’était d’ailleurs probablement ma meilleure matière à l’école », se souvient-elle. Les études sont derrière elle, mais l’état d’esprit reste le même. « Pour moi, une vie sans sport n’est pas une vie », lance-t-elle tout en précisant qu’elle n’est « pas sectaire ». « Mais c’est bien d’avoir une passion ». La sienne, c’est donc la course. « Ça permet de faire des excès, de se vider la tête. Je pars avec un problème, je reviens avec une solution ».

Reste que sa pratique a évolué au fil des années, et de son parcours de vie. « J’ai longtemps couru toute seule, pendant dix ans, raconte-t-elle. On se retrouve face à soi-même, on apprend à se connaître ». Mais aujourd’hui, elle insiste : « La course à pied n’est pas un sport individuel. Même si évidemment, on est seul face à ses souffrances, et que chacun a son propre rythme ». Et elle s’empresse d’évoquer son semi-marathon de Paris 2014 : « Je l’ai couru avec mes jumeaux de 18 ans. Mon fils a fini en 1h36, ma fille en 1h53, on a terminé toutes les deux main dans la main. C’était très fort. Surtout par rapport à notre histoire de famille ».

Un mois plus tard, Barbara Halary-Lafond était au départ du marathon de Paris, aux côtés d’une cinquantaine d’autres coureurs, tous unis autour du groupe qu’elle a créé : « La course de la Mouette ». Pas d’association, un groupe informel, amical, réuni autour d’un « amour commun de la course à pied, et de valeurs comme le sport, la fraternité, la solidarité ». Tous portent des tee-shirts aux couleurs de l’AFTC, Association de Familles de Traumatisés Crâniens, qui « permet de créer des logements, d’aider les familles, d’offrir un fauteuil, d’avoir une auxiliaire de vie ». Les objectifs ne manquent pas. « Pour l’an prochain, j’envisage de lancer un appel aux dons. Et nous devrions aller au marathon de Londres ».

Quant à Jean-Louis, il occupe les pensées des « Mouettes » et de Barbara durant toutes leurs courses. « Sur le marathon de Paris, il est venu avec les enfants au 35ème km, tout près de chez nous. Mon mari est dans le noir, mais il m’encourageait. Je suis arrivée en pleurant. Les voir m’a donné un regain d’énergie », confie celle qui a un record personnel à 3h41 et « rêve de faire 3h30 ». « Mais pour cela, il faudrait que je m’astreigne à plus de rigueur. Je suis quelqu’un d’excessif ». D’autres diront qu’elle a un caractère bien trempé qui lui a permis de surmonter pas mal d’épreuves…  

(1) La course de la Mouette, par Barbara Halary-Lafond, publié aux éditions de La Martinière. 243 pages. Prix : 18.50 €.

2 réaction à cet article

  1. Superbe livre, plein d’émotions, de courage et de force de vivre….

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  2. Madame,

    Vous forcez le respect !
    Bravo pour votre courage et bravo pour le choix de la vie.
    Que Dieu vous bénisse.

    Charles

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