L’incroyable séance « Zátopek » de Mehdi Frère, un défi pour se faire plaisir

100 x 400 m, c’est que Mehdi Frère s’est offert le 23 janvier sur la piste du stade de Dugny (Seine-Saint-Denis).
En alternant les tours rapides et lents, le meilleur Français du récent marathon de Valence (2h08'55) a réalisé la fameuse séance « Zátopek » du nom de la légende du demi-fond, Emil Zátopek, triple champion olympique du 5000 m / 10000 m / marathon lors des Jeux 1952.
Pour quelles raisons Mehdi Frère a-t-il voulu relever ce défi ? Qu’en ressort-il ? Qu'en pensent certains spécialistes ?

Mehdi Frère dans la foulée de Faustin Guigon lors de la séance "Zatopek"  
Crédit : La spéciale ZATOPEK | 100 x 400m | Mehdi FRERE & Faustin GUIGON  sur Youtube
Mehdi Frère dans la foulée de Faustin Guigon lors de la séance "Zatopek" Crédit : La spéciale ZATOPEK | 100 x 400m | Mehdi FRERE & Faustin GUIGON sur Youtube

Lepape-info : Mehdi, quelques jours après avez-vous bien récupéré de cette séance ? 

Mehdi Frère : Oui même si cela m’a pris quelques jours, j’ai eu pas mal de douleurs musculaires. Ce n’est pas vraiment une séance conseillée à mettre dans un plan d’entraînement normal. Je pense qu’il y’a plus de risque de blessures que de bénéfices à en tirer mais une semaine après ça va. Avec Faustin Guigon qui m’accompagnait, on a du changer de sens de rotation au milieu de la séance parce que l’on sentait qu’au niveau articulaire et des genoux en tournant toujours dans le même sens cela commençait à être désagréable, à créer des tensions musculaires. Je sentais que j’avais un ischio qui commençait à tirer un peu. Je pense que tout faire dans le même sens c’est la blessure assurée.

 

Lepape-info : Pourquoi avez-vous décidé de faire cette séance ?  

M.F : C’était juste pour se faire plaisir parce que nous n’avons pas de compétition en ce moment. Disons qu’on peut prendre plus de risques à l’entraînement, c’est moins grave si on a des petites inflammations et que l’on doit s’arrêter quelques jours. Dans mon groupe d’amis, cela faisait des mois et des mois que l’on parlait de cette séance mythique et que l’on se disait qu’on allait la faire un jour. J’avais bien récupéré du marathon de Valence (6 décembre dernier), on avait un peu repris le travail foncier, la forme était là, pas d’objectif à court terme et on pouvait prendre un peu de risque à l’entraînement. C’était le moment de tenter cette séance un peu dingue. C’était un petit défi qu’on s’était lancé entre amis.

 

Mehdi Frère : « Est-ce que je vais en tirer un bénéfice sportif ? Pas forcément. Après mentalement cela peut aider à se connaître en étant au plus profond de la difficulté sur une séance qui n’a pas forcément d’intérêt et où il faut trouver la motivation. »

 

Lepape-info : La météo était loin d’être favorable ? Vous avez maintenu l’allure ? 

M.F : C’était un enfer, on a commencé sous un déluge avec 3 degrés au thermomètre ( – 1°C ressenti), j’ai gardé le bonnet et la veste pluie toute la séance. On faisait un tour à l’allure marathon, à un peu plus de 19 km/h il me semble, et un tour de récupération entre 15 et 16 km/h.

 

Lepape-info : Quel est l’intérêt d’une telle séance ? 

M.F : Ce n’était pas une séance pour préparer un objectif, c’était pour le plaisir, pour voir comment s’entraînaient les légendes de l’époque comme Zátopek. On voulait se rendre compte de ce que cela représentait parce que nous avons changé de méthode depuis, on ne fait plus d’entraînements aussi « bourrins », c’était pour varier de notre routine et se frotter à l’histoire, c’est toujours intéressant.

 

Lepape-info : Avant de faire cette séance vous en aviez parlé avec votre entraîneur ? 

M.F : Pas du tout, comme il n’y a pas d’objectif à court et moyen terme, mon entraîneur me laisse carte blanche. Je programme un peu ce que je veux actuellement avant de reprendre les plans plus sérieusement lorsque nous aurons une vision un peu plus nette de ce que sera l’avenir sportif en France. Il me fait confiance, il sait que je ne vais pas non plus faire n’importe quoi et faire attention à ne pas me blesser.

 

Lepape-info : Que retenez-vous de cette séance ? 

M.F : Emil Zátopek mérite son titre de légende parce qu’avoir des entraînements novateurs pour l’époque et aussi dingues que cela, je pense que c’était le seul à pouvoir réaliser des séances de ce genre. J’en retiens aussi un profond respect pour ce qui se faisait avant. Est-ce que je vais en tirer un bénéfice sportif ? Pas forcément. Après mentalement cela peut aider à se connaître en étant au plus profond de la difficulté sur une séance qui n’a pas forcément d’intérêt et où il faut trouver la motivation. On a 100 x 400 mètres à faire avec beaucoup de pluie, du vent, du froid on se rend compte de ce que l’on a dans le ventre et l’on voit si l’on est capable d’encaisser ou pas dans une situation compliquée.

 

MEHDI FRERE 1

 

Lepape-info : Referiez-vous cette séance ?  

M.F : Oui je pense peut-être en l’adaptant. 40 km de volume c’est peut-être beaucoup, trop. La prochaine fois je me limiterai peut-être à 30 ou 25 km. En plus cette séance du 100 x 400 m, Emil Zátopek l’aurait faite apparemment en deux fois : 50 x 400 le matin et 50 x 400 le soir, on s’en est rendu compte après coup en faisant des recherches. Quoi qu’il en soit, la 100 x 400 est faite, l’objectif a été atteint. Je l’ai trouvé intéressante parce que si un jour je m’attaque au record de France ou d’Europe du 30 000 m sur piste ce serait un peu le type de séance que je referai. Le record de France du 30 000 m fait partie de mes objectifs comme ceux du marathon ou celui de l’heure sur piste même si Morhad Amdouni vient d’améliorer ce dernier récemment.

 

Lepape-info : Cette séance largement partagée sur les réseaux sociaux a fait réagir 

M.F : J’ai eu beaucoup de retours positifs, certains ont trouvé cela assez drôle. D’autres m’ont dit que cela pouvait être dangereux pour des athlètes plus novices qui en voyant cela pourraient s’en inspirer et que ce n’était pas forcément une bonne idée de partager cela avec le grand public sur les réseaux sociaux.

 

Une séance que Mehdi Frère est prêt à peut-être refaire en l’adaptant, en réduisant le nombre de kilomètres et dangereuse pour les coureurs moins expérimentés. Deux spécialistes nous ont donné leur avis sur cette séance de Mehdi Frère 

 

Dominique Chauvelier (médaillé de bronze sur marathon aux Championnats d’Europe 1990 et quadruple champion de France) : « C’est un défi mais physiologiquement cela n’apporte rien du tout si ce n’est de la fatigue avec un risque de blessure. Il l’a fait, bravo à lui ! Il l’a partagé sur les réseaux sociaux c’est bien il a eu plein de « like » mais sinon cela n’apporte rien même pour un coureur de 100 km. Les articulations en prennent un coup du fait de tourner pendant 40 km, même si Mehdi a changé de sens de rotation, cela fait tout de même bizarre de courir dans le sens inverse. Par contre quand je vois l’entraînement que Mehdi fait un peu comme moi à l’époque avec 200-210 km par semaine, je me dis qu’il est doué il n’a que 23 ans, c’est l’avenir du marathon, il a des qualités mais il ne faut pas qu’il recommence ce genre de séance ce n’est pas l’idéal. Mehdi ferait mieux de tenter de battre mon record de France du 30 000 m sur piste (1h31’53) c’est drôle qui vous en ait parlé !  Sinon le fait que Zatopek ait couru 100 x 400 je n’y crois pas .Comme vous l’a dit Mehdi peut-être en deux fois je l’avais lu aussi et encore je n’en suis pas sûr.

 

Sébastien Gamel (entraîneur notamment de Djilali Bedrani) : « Si c’est un défi personnel, je trouve ça rigolo. Après s’il nous dit dans quelques temps qu’il prépare les championnats de France de 10 000 m, faire un 100 km c’est peut-être beaucoup. Apprendre à tourner en rond quand vous faites du long c’est hyper important, c’est un entraînement psychologique. Après sinon courir 100 x 400 ce n’est pas très utile en entraînement, si cela lui a fait du bien à la tête parce que c’était un défi qu’il voulait tester oui c’est utile psychologiquement. Le plaisir et être bien dans sa tête c’est primordial pour un athlète. Hors période de compétition il n’y a pas de problème mais il faut faire attention car il y’a du volume, il a quand même fait un marathon, le risque de se blesser, il fallait juste que son corps accepte un tel effort.

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