Trail, quelle distance choisir ?

Fini les trails à distance unique. Aujourd’hui chaque organisation propose une multitude d’épreuves avec kilométrages et dénivelés croissants.
Nous avons déjà abordé la problématique de la dilution du niveau compétitif dans ces multiples épreuves.
Intéressons-nous aujourd’hui au choix de l’épreuve. Quels critères objectifs puis-je utiliser pour finaliser mon inscription et réussir au mieux ?

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Depuis l’avènement de la discipline trail il y a plus de vingt ans, la réalité est la suivante : la distance et la difficulté de chaque course augmentent et le nombre de courses au sein d’une organisation va croissant.

C’est le cas par exemple des Templiers, de la SaintéLyon, de l’UTMB®, du Grand Raid de la Réunion et même du Tor des Géants avec une version 450 km en 2021.

 

Bien entendu, le pratiquant est pris dans ce flux et poussé à la consommation de kilomètres, d’autant plus que la médiatisation va dans le même sens. On se rappelle par exemple des vainqueurs de l’UTMB® mais rarement de ceux de l’OCC®.

Pourtant, peut-on vraiment comparer les valeurs athlétiques de ces athlètes, masculins ou féminins ?

 

Ainsi, il existe une tendance naturelle des traileurs à dériver plus ou moins vite vers les ultra-distances. Parmi eux, beaucoup ne sont pas réellement prêts, ni physiquement ni mentalement, et l’expérience peut virer au cauchemar avec des séquelles sur plusieurs années.

Faisons d’ailleurs le point sur la notion de performance. Avec le trail, elle semble s’être décalée du toujours plus vite vers le toujours plus long. Par exemple, pour les athlètes sur route ou piste, performer correspond à améliorer ses performances dans sa spécialité. En trail, performer rime souvent avec toujours plus long et plus dur, et beaucoup d’athlètes spécialistes du court se sentent dépréciés dans leur choix.

 

Alors comment faire pour rester raisonnable et choisir la bonne distance ?

Tout d’abord, rappelons-nous qu’en trail, il faut raisonner en temps d’effort et non seulement en distance car le dénivelé et la technicité sont des paramètres essentiels.

La question « quelle distance choisir ? » devient donc « quel temps d’effort choisir ? ».

Pour le calculer, on peut utiliser la règle du 100m d+ = 1 km de temps d’effort supplémentaire, ou simplement compulser les temps des années précédentes et voir les chronos réalisés par les premiers, par le cœur du peloton et par les derniers (ou les barrières horaires).

Ensuite, il faut mettre ce temps d’effort prédictif en lien avec des éléments personnels comme votre passé sportif, votre expérience de traileur, votre volume d’entraînement, vos terrains de pratique et bien entendu votre planification/programmation d’entraînement.

Le premier écueil à éviter est donc le choix collectif, c’est-à-dire suivre son groupe d’entraînement ou ses amis et s’inscrire à une course qui ne nous correspond pas. Au niveau mental, on parle de motivation extrinsèque (extérieur à soi) or ce sont les motivations intrinsèques (plaisir, accomplissement) qui sont les plus stables et qui permettent de réussir.

 

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Le deuxième écueil est de choisir une épreuve trop en décalage avec les points précédents. Si je m’entraîne trois fois par semaine et que j’ai peu d’expérience, il est très risqué de me lancer sur une ultra distance. Si j’habite dans une région de plaine, je devrais éviter dans un premier temps les courses techniques…

Tout cela se résume en fait dans le principe de progressivité sur lequel nous revenons régulièrement et qui est le premier des principes d’entraînement, c’est-à-dire le plus important.

Progressivité à l’entraînement et en compétition dans les durées, les distances, la technicité. Le trail est une discipline aux multiples facteurs de performance dans des domaines aussi variés que le cardiovasculaire, le musculaire, le technique, le stratégique, l’alimentaire…dont la maîtrise demande un long apprentissage.

Il faut donc se donner le temps de cet apprentissage, par le biais d’une planification raisonnable (un nombre limité d’épreuves sur la saison) et d’une programmation qui prenne en compte l’ensemble des aspects de la performance en course outdoor.

Ensuite, d’année en année, il sera possible soit d’augmenter le temps d’effort en course, soit d’améliorer sa vitesse de déplacement sur un temps défini. De nombreux athlètes se sont spécialisés dans la course de montagne et le trail court où ils excellent depuis de nombreuses années et continuent à progresser sans avoir le désir de passer à du plus long, et c’est très bien comme cela. Le risque de blessure ou d’épuisement est moindre, le plaisir est maximal.

 

Pour choisir la bonne distance, il faut donc faire preuve d’humilité et de lucidité afin de choisir en pleine conscience ce qui nous convient le mieux. Et si c’est vraiment l’ultra qui vous tente, il faut se donner le temps d’en apprivoiser les caractéristiques par un entraînement et une planification adaptés.

 

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