Maude Baudier : « De plus en plus d’hommes motivent les femmes à se mettre au cyclisme et notamment sur un vélo de route. »

Le marché du cyclisme féminin est de plus en plus important. À la Fédération Française de cyclisme, les femmes représentent 10% des licenciés. Elles étaient 6% de femmes sur l'étape du Tour de France en 2018, 7% en 2019 et 9% sur l'IronMan 2019 de Nice.
Maude Baudier, fondatrice et directrice générale de la communauté "les Bornées", constate et se réjouit de cet engouement féminin pour la pratique du vélo en compétition mais aussi en loisirs. Entretien.

Maude Baudier (fondatrice et directrice générale de la communauté "les Bornées")

Lepape-info : Maude, comment expliquer cet engouement chez les femmes pour le vélo ? 

Maude Baudier : Une grande partie des femmes qui se met au cyclisme vient d’un autre sport souvent la course à pied et pratique le vélo tout d’abord dans un objectif de complémentarité. Le cyclisme est une discipline beaucoup moins agressive, traumatisante en terme d’impacts que la course à pied, on se blesse moins. C’est un sport souvent conseillé par les entraîneurs pour travailler notamment la puissance.

 

Nous avons aussi remarqué que de plus en plus d’hommes motivent les femmes à se mettre au cyclisme et notamment sur un vélo de route avec une pratique sportive. Le troisième vecteur que nous avons noté est la hausse assez conséquente de l’intérêt pour le triathlon et de pratiquer pas uniquement le cyclisme mais bien le triathlon avec la course à pied et la natation.

 

Maude Baudier : « C’est souvent un homme qui incite une femme à faire du vélo parce qu’il l’accompagne. Il y’a ce coté : « Viens on va faire du vélo ensemble, ça va être cool ! » »

 

Lepape-info : C’est une tendance finalement dans l’air du temps

M.B : Le running s’est énormément féminisé ces 20 dernières années. Au fil du temps, les femmes se sont senties capables de faire des courses, des marathons, du trail etc… On retrouve ce phénomène maintenant sur le cyclisme, sport au départ très masculin, longtemps trusté par ce que j’appelle les « élites » (les hommes de 50 ans, CSP+…) et qui s’ouvre maintenant beaucoup plus sur les jeunes générations qui ont l’habitude de pratiquer leur sport en mixité et qui apportent cette mixité au sein du cyclisme et du triathlon.

 

Lepape-info : Vous dites que de plus en plus d’hommes motivent les femmes à se mettre sur un vélo de route.  Les femmes ont peur de franchir le pas ou elles pensent que c’est aux hommes que c’est réservé ?   

M.B : Je ne suis pas dans la tête de chaque femme mais nous avons constaté qu’il y’avait souvent un blocage mécanique. On apprend pas aux petites filles lorsqu’elles sont jeunes à entretenir un vélo, du coup elles ont souvent peur de sortir seules et de ne pas savoir quoi faire en cas de problème mécanique ou de crevaison. Un homme a beaucoup moins cette appréhension car un papa va plus apprendre ce genre de chose à son petit garçon. Et cette différenciation va créer un point de blocage à l’âge adulte. Le deuxième aspect est lié à la sécurité, beaucoup de femmes disent qu’elles ne veulent pas courir seules ou quand la nuit est tombée. C’est un peu la même chose avec les vélos et les voitures. Il y’a des comportements très agressifs sur la route envers les cyclistes d’une manière générale et d’autant plus violents si vous êtes une femme. Je l’ai constaté lorsque je roule un peu en décalé de mon conjoint. Certains hommes au volant vont se permettre des commentaires, des attitudes qu’ils n’auraient pas avec des garçons. Et du coup c’est pour cela que c’est souvent un homme qui incite une femme à faire du vélo parce qu’il l’accompagne. Il y’a ce coté : « Viens on va faire du vélo ensemble, ça va être cool ! »

 

Maude Baudier : « Je pense que de plus en plus de personnes cherchent le sport convivial. Le cyclisme a ce mérite et cette chance de faire que l’on peut parler en même temps que l’on pédale contrairement à la course à pied où l’on peut être vite essoufflé. Avec le cyclisme il peut y’avoir aussi ce côté ballade, voyage et un lien social plus fort. »

 

Lepape-info : Il y’a deux pratiques distinctes : loisirs et performance. Y’en a t’il une qui prévaut sur l’autre ?  

M.B : Les femmes qui viennent de la course à pied ont déjà cette notion de performance. Même si elles ne commencent pas avec l’idée de faire une étape du Tour de France ou un Ironman, la notion de dépassement de soi arrive très très vite. Pour moi cela commence lorsque vous êtes poussée dans vos retranchements, cela peut être un voyage vélo de plusieurs jours à faire de longues distances ce n’est pas forcément que le côté médaille et dossard. Cette formule attire de plus en plus avec cette notion de challenge et de compétition mais nous constatons que vous ne pouvez pas être tout le temps performant. Il va y’avoir une alternance période loisirs / période performance. Dans notre structure « les Bornées » nous avons cette dimension de loisirs et performance.

 

Lepape-info : En course à pied, les femmes représentent 48% du marché avec au total une croissance de 5 millions à 16,5 millions de pratiquants de 2000 à 2017. Le vélo va suivre cette tendance ?  

M.B : Oui nous estimons que c’est la future tendance du cycle dans les années à venir. Actuellement il y’a 10% de femmes licenciées à la Fédération Française de cyclisme. Or il y’a plus de femmes qui pratiquent sans être licenciées, il y’a un problème de quantification vu qu’elles ne sont pas présentes sur les courses, elles pratiquent en loisirs donc nous avons du mal à estimer le vrai nombre d’adeptes du vélo.

 

Lepape-info : La pratique en hausse du cyclisme chez les femmes, on l’observe depuis quelques temps  

M.B : J’ai vu un impact sur ma génération depuis 2017-2018 avec de plus en plus de femmes dans mon entourage qui achetaient un vélo avec une pratique plus ou moins assidue. Je pense que nous n’avons pas atteint le pic de croissance du nombre d’utilisatrices du vélo de route. Le Tour de France féminin va bientôt revenir (en 2022, la  dernière édition remonte à 2009) et je crois que cela va avoir un très bel impact sur les jeunes générations. D’une manière générale il y’a un effet de mode, d’attrait qui n’est pas encore à son apogée. Les femmes aussi sont plus sujettes à l’écologie, sans avoir de chiffres concrets je pense qu’elles sont plus vecteurs de cette transformation en terme de motricité et de déplacement pour aller au travail.

 

Lepape-info : Au sein de votre communauté « les Bornées » qu’est ce qui ressort de la pratique du vélo au féminin ? 

M.B : Un peu moins de 30% de la communauté fait à côté du « vélo ville » pour aller au travail par exemple. Mais nous sommes sur un vélo très performance, pratique sportive. Je ne sais pas si l’augmentation des adhérent(e)s est due à la crise sanitaire, à un éveil des consciences sur l’importance du sport dans la vie en général ou à l’impact des blessures de sports comme la course à pied. Je pense que de plus en plus de personnes cherchent le sport convivial. Le cyclisme a ce mérite et cette chance de faire que l’on peut parler en même temps que l’on pédale contrairement à la course à pied où l’on peut être vite essoufflé. Avec le cyclisme il peut y’avoir aussi ce côté ballade, voyage et un lien social plus fort.

 

Lepape-info : Le vélo sera-t-il bientôt autant pratiqué par les femmes que les hommes ?  

M.B : Oui je l’espère (sourire). Le cyclisme peut avoir cette neutralité il ne demande pas de la souplesse, une extrême force. Il est à l’intermédiaire de capacités masculines et féminines c’est assez intéressant. Le principe des Bornées est justement de promouvoir l’inclusion, de permettre à ce que les femmes et les hommes puissent pratiquer ensemble tous niveaux confondus. Le but est de créer un maillage territorial en Europe où les Bornées sera la 1ère communauté de cyclisme et de triathlon mixte.

 

Les Bornées:  https://lesbornees.com/produit/membership-loisir-les-bornees

 

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