La Groupama-FDJ enfin !

L’information est peut-être passée inaperçue mais le mardi 11 janvier dernier, l’équipe cycliste Groupama-FDJ a communiqué sur les réseaux sociaux, la liste des athlètes retenus pour participer au Tour de France 2022.

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Un mot BRAVO, un deuxième ENFIN.

Bravo à la Groupama-FDJ d’enfin afficher sa volonté claire concernant 5 coureurs qui seront présents sur les routes du prochain Tour de France, sauf imprévu.

Pourquoi bravo ? Car il est encore rare dans les équipes françaises que les coureurs soient informés aussi tôt dans la saison de leur participation au Tour et que cela soit communiqué au grand public.

Certains l’apprennent même quelques jours seulement avant le départ de la grande boucle car le dernier juge de paix est souvent le championnat de France…

 

Imaginez la préparation spécifique qu’il faut pour ce genre d’épreuve et le sentiment d’un coureur qui va être balancé entre le graal qu’est une participation au Tour et sa conviction profonde que son entraînement jusque-là n’aura pas été fait en fonction de cette épreuve… Sacrée dissonance !

 

5 coureurs seront donc présents hormis ennuis de santé sur le prochain Tour de France. On compte Thibaut Pinot, David Gaudu, Valentin Madouas, Stefan Kung et Michael Storer.

Très honnêtement avec les résultats de ces coureurs ces dernières années, on ne peut que mettre en avant ce choix judicieux. Un élément m’étonne tout de même c’est de voir apparaitre Gaudu sans Armirail, car c’est un sacré « tireur de bouts droits » mais également un très grand équipier en montagne, notamment au regard de tout le boulot qu’il a accompli la saison passée…

Désolé, mon objectivité peut être remise en cause car nous sommes de la même région et je l’ai eu sélectionné chez les jeunes en VTT à l’époque, mais la question se pose.

 

Autre élément qui me questionne la place de deux leaders comme Pinot et Gaudu sur la même épreuve.

Que va-t-il se passer si les deux coureurs sont proches au général ?

Pinot roulera-t-il pour Gaudu ? Gaudu acceptera-t-il de jouer la carte de Pinot, alors que sur le papier leur niveau de performance est très proche et je n’ose dire que l’élève va peut-être dépasser le maitre cette saison. Comment Marc Madiot va-t-il gérer cette dualité pour en exprimer le meilleur, afin que l’un des deux atteigne la plus haute marche du Tour ?

Tellement d’exemples par le passé ont montré que lorsque le leader n’était pas très clairement affiché des problèmes arrivaient, rappelons-nous Froome et Wiggins chez Sky par exemple ou encore Landa avec Valverde ou Quintana et tant d’autres.

Ou alors sommes-nous dupes et la Groupama-FDJ ne visera que des succès d’étapes ? Après tout soyons décomplexé car Kung, Madouas, Gaudu ou Pinot en sont tous capables et ils pourraient capitaliser pour les années à venir…

Un succès sur le Tour pourrait donner des ailes à n’importe quel coureur et les mettre dans un objectif de victoire finale sur un Grand Tour pour les années à venir.

 

Sans vouloir de discussion de comptoir, certains diront que les responsables de cette équipe sont fous d’annoncer cette sélection si tôt et que de toute façon les leaders d’équipe « choisissent » leurs courses.

Et puis ne soyons pas dupe, dans une équipe certes les leaders savent quel sera leur calendrier de course, éventuellement les coéquipiers de luxe de ces leaders mais il est rare qu’une équipe affiche la couleur dès le début de saison.

Je pense en voyant cette annonce, aux collègues entraîneurs de ces coureurs pour qui leur travail afin de les mener à la performance sur ce Tour de France ne sera que mieux tracée. Nous allons comprendre en quoi une telle annonce revêt une très grande importance pour un entraîneur.

 

 

Une planification plus aisée

L’avantage de connaitre son calendrier de course avant le début de saison, est de permettre au coureur, à l’entraineur et au manager, de se projeter sur les différentes courses qui permettront au coureur d’arriver en forme pour l’objectif majeur de saison.

Il faut savoir qu’un entraîneur planifie la saison de son athlète en fonction d’objectifs qu’ils se fixent ensemble. Ces objectifs peuvent être de « résultats » c’est-à-dire « je veux obtenir telle ou telle place à cette compétition », mais on va également se fixer des objectifs de moyen, c’est-à-dire les étapes de préparation, que je souhaite mettre en place, ainsi que les qualités physiques à améliorer afin d’atteindre les objectifs de résultats.

Une fois que nous connaissons les objectifs et les grandes échéances de la saison, l’entraîneur peut alors construire sa planification à rebours, en débutant de l’ultime objectif de saison et en allant jusqu’à la première séance d’entraînement de l’année. Grâce à cela, il construit les périodes d’entraînement et de repos qui vont jalonner la préparation et y associer un travail spécifique pour faire progresser l’athlète.

Un coureur qui sait dès le mois de janvier qu’il roulera le Tour de France, pourra de ce fait monter en pression avec le choix de ses courses. Il pourra par exemple débuter avec des épreuves d’un jour pour sa reprise, puis très vite basculera sur des courses de plusieurs jours voire une semaine et ensuite aller chercher des épreuves qui vont soit emprunter les étapes du Tour, soit aller sur des courses à étape de plus petite envergure afin de peaufiner sa préparation.

 

 

Reconnaitre les étapes clés 

Hé oui, le vélo devient un boulot lorsque l’on est pro et si l’on souhaite performer sur une compétition on met toutes les chances de son côté ! C’est-à-dire que l’on prend le temps de repérer les étapes clés de l’épreuve, où l’on souhaite être au top de sa forme.

Il est notamment important d’aller voir les étapes de montagne mais aussi celles qui sur le papier paraissent inoffensives et dédiées aux sprinteurs mais que les conditions météos pourraient rendre difficiles avec la mise en place de bordures… ça a déjà valu quelques désagréments à l’équipe Groupama-FDJ par le passé.

L’idéal peut aussi être pour le leader d’aller les reconnaitre accompagné de l’équipe qui participera, soit avec ses « lieutenants » qui l’accompagneront et le protègeront lors de la course. Normalement sur ce genre d’épreuves chaque coureur à un book de chacune des étapes, avec une description assez précise du parcours mais en plus de cela les directeurs sportifs (non non ils ne font pas que conduire des voitures !) font également tout un travail de repérage en amont dans l’année, afin de pouvoir construire leur briefing et leur stratégie de course.

En effet, en fonction des profils d’étapes et des profils des coureurs certains vont pouvoir tirer leur épingle du jeu là ou d’autres vont être volontairement mis « au repos » en restant la course dans les roues, ou en roulant avec le groupetto, d’autres seront spécifiquement porteur d’eau sur la journée, ou encore auront pour objectif de partir en échappée…

 

 

La stratégie de course se prépare en amont

Vous l’aurez compris j’ai amorcé les choses mais ce travail des directeurs sportifs est ce que l’on nomme la stratégie de course. Que va vouloir faire une équipe comme la Groupama-FDJ sur le Tour ? Chercher un général ? J’en rêverai comme beaucoup de français mais j’ai du mal à l’imaginer pour plusieurs raisons.

La première est d’avoir une équipe avec un collectif fort

À ce jeu, les équipes françaises n’ont jamais brillé et très souvent cela est en lien avec leur budget de fonctionnement.

Comment rivaliser avec des équipes étrangères à gros budget ou par leur achat de coureurs, elles peuvent avoir des cyclistes qui sur les étapes de montagne sont encore 2 ou 3 à accompagner leur leader pour la victoire…. ?

La Groupama-FDJ me fera peut-être mentir avec un Madouas, un Armirail, un Gaudu et un Pinot qui constitueraient un beau train en montagne et rivaliseraient peut-être avec des grosses armadas telles que la Jumbo ou simplement contre Pogacar le conquérant.

Autre raison, le poker menteur, le coup de bluff. Les équipes françaises n’ont jamais pu jouer à cela car leurs effectifs sont souvent plus faibles que les autres mastodontes.

Rappelez-vous il y a quelques années, en 2015, lorsque Froome sur la 10ème étape a attaqué à 6km du sommet du Col du Soudet dans les Pyrénées, personne n’a cru qu’il oserait, mais son opportunisme (et celui de son directeur sportif Nicolas Portal) avait parlé et le coup de bluff avait fonctionné.

Les Français partent en échappée de loin mais aucun n’a jamais eu le panache hormis peut-être Alaphilippe de tenter ce genre de chose car ils ont à mon avis peur du coup de bambou et des plumes laissées dans la bataille, au risque de ne pas suivre le rythme de lendemain.

Rappelons simplement l’adage, « à vaincre sans péril on triomphe sans gloire » mais je ne suis pas sur le vélo à leur place donc c’est plus facile….

Je vous avoue secrètement, que ça me rassure beaucoup, moi, qu’ils ne s’amusent pas à ça, peut être que ça en dit long sur leur probité et que l’on ne peut peut-être pas en dire autant des autres… MPCC power.

 

 

Rendre le travail spécifique à l’épreuve sur laquelle on veut performer

Ce Tour se constituera dès le départ d’un contre la montre de 13 km dans les rues de Copenhague avec un parcours assez sinueux, puisqu’un grand nombre de virages vont être à négocier. La technique en CLM devra être parfaite et la gestion des braquets et des freinages également.

De toute façon le CLM est une épreuve qu’il faut maitriser pour jouer un podium sur un Tour, d’autant plus qu’une deuxième étape de ce type aura lieu la veille des Champs Elysées.

Ce travail sera certainement au programme des coureurs de la Groupama-FDJ, que ce soit sur des courses de préparation, à l’entraînement et même en stage, au regard de tout le travail de R&D initié par Julien Pinot et Frédéric Grappe sur le sujet avec leur équipementier.

 

Comme chaque année, le Tour reste la chasse gardée des grimpeurs et les équipes vont avoir à affronter des cols rapidement dès la 7ème étape avec la planche des Belles Filles. Vous allez me dire que les puncheurs réussiront certainement à tirer leur épingle du jeu mais n’oublions pas la 11ème étape avec les premiers cols à plus de 2000 m, qui sont souvent la chasse gardée des coureurs colombiens et autres spécialistes des hautes altitudes… ou Pogacar (le comique de récurrence fonctionne-t-il ?).

C’est un point qui a également souvent fait défaut aux français, à savoir briller en col au-delà de 2000 m d’altitude, généralement ils sont à la traine.

Mais il me semble que cette tendance évolue et il y a certainement un lien à faire avec les stages que les équipes françaises réalisent aux Canaries ou encore à Grenade, où elles vont faire des stages d’acclimatation à l’altitude, qui sont fondamentaux dans l’approche de la préparation, en vue de briller au Tour de France.

Bien sûr nous en parlions tout à l’heure mais il ne faut pas sous-estimer les étapes de plat, qui souvent sont sujettes aux coups de bordure et sur cet aspect nous n’avons jamais vu ces dernières années une équipe française prendre la main, espérons que ce travail en amont sera effectué et qu’ils mettront toutes les autres équipes en ligne au premier coup de bordure.

 

 

Peaufiner ses points faibles pour faire la différence sur le Tour

On a vu dans un précédent article que Pinot à mesure qu’il avait évolué dans sa carrière professionnelle, avait perdu des qualités dites anaérobies, de puncheur si je résume grossièrement. Or nous savons que se sont ces qualités qui font la différence dans les moments décisifs en compétition.

De ce fait c’est un travail qui pourrait être mis en place en amont et testé en course de préparation pour voir si ce coureur est capable de mieux tolérer les changements de rythmes dans les ascensions finales de cols.

Autre élément et l’on voit beaucoup de coureurs comme Nibali ou Mohoric être de vrais performeurs en descente… CQFD.

Le Tour se gagne très souvent en montée mais il peut se perdre en descente et je ne parle même pas à cause d’une chute. Prenez une cassure en descente et la boucher deviendra un vrai fardeau tant vous devrez prendre des risques, sans compter la débauche d’énergie.

Malheureusement sur ce point la Thibaut Pinot même s’il reste un très grand cycliste a toujours eu des problèmes à suivre le rythme des meilleurs.

 

Alors verrons-nous la Groupama-FDJ gagner le Tour de France ? Malheureusement je n’y crois pas tellement.

Verrons-nous une victoire d’étape de leur part au cours d’une échappée au long cours sur des profils vallonnés ? Je n’y crois pas non plus car leurs cartouches sont limitées et si un de leur coureur se prend au jeu de tenter la chose, c’est que la Groupama-FDJ a tiré un trait sur le général et qu’elle veut malgré tout se montrer à l’avant.

Verrons-nous des Français gagner une étape ? J’en suis sûr, en ce début de saison, certains sont vraiment impressionnant on peut citer parmi eux, Coquart, Barguil, Hofstetter et que dire de Christophe Laporte.

Il ne faut pas oublier d’autres coureurs qui ont déjà brillé sur le Tour comme un Anthony Perez par exemple qui peut déjouer des pronostics ou un Benjamin Thomas et pourquoi pas un Armirail. Bref je vais arrêter avec les coureurs d’Occitanie car on va me taxer de chauvinisme.

Verrons-nous un coureur vainqueur sur une étape de cols ? Je répondrai que oui si les cols ne passent pas les 2000 m mais plus l’altitude s’élèvera et moins de coureur français il restera dans le peloton de tête.

En tout cas j’espère que nous pourrons savourer quelques victoires sur ce Tour et quitte à être chauviniste, Allez les Bleus !

 

 

Cyril GRANIER

Docteur en sciences du sport

Entraîneur Cyclisme

Bike Fitter, Level 2 IBFI

www.cgperformance.fr

Facebook : @CyrilGranierPerformance

Instagram : cyrilgranierperformance

 

1 réaction à cet article

  1. Conclusion des plus logique et bien ponctué. Pour ma part, tous les ans, j’imagine une nouvelle étoile française pour sublimer le Tour, mais pas que bien sûr. Pourquoi n’a t-on pas de véritables grimpeurs chez nous qui peuvent rivaliser et même s’affirmer à 2000m assez régulièrement ? Nous sommes dans un pays où il y a pourtant de la montagne pour s’entrainer, on devrait savoir ce que c’est que de monter à 2000m. A mon avis c’est dans le tempérament et le bon vouloir du coureur la plus part du temps. Tout passe par l’entrainement, il faut se faire mal, il faut aller dans le dur et non pas comme ils disent si bien ; courir pour se faire plaisir ! Excusez moi je vais déplaire, mais je crois qu’ils veulent être des champions avant de s’en fabriquer les capacités. Alors oui, pour certains, les bons que l’on a et ils ne sont pas nombreux, ceux là ont malheureusement la « guigne » qui les poursuit, ennuis mécaniques, chutes, maladies et j’en passe, de ce fait on a plus personne pour piloter l’avion. Je sais aussi que la concurrence est rude car le vélo se mondialise, mais je ne suis pas si bête pour m’apercevoir que les champions que l’on connait arrivent pour la plus part de pays en voie de développement et que chez eux la vie est dure. Eux, savent ce que c’est que de souffrir et cela les mène à d’autres résultats que les nôtres. Mon point de vue est peut être critiquable certes, mais allez demander à Bernard Hinault ce qu’il en pense. Pour ma part, j’ai trempé depuis très longtemps dans le cyclisme et je le pratique encore avec quelques 10 à 11000 km par ans (j’ai 74 ans). J’ai versé dans le milieu de la compétition à l’âge de 14 ans après mon diplôme du certificat d’études, avec un vélo fabriqué de toutes pièces pour gagner ma première course 1an et demi après, malgré tous les ennuis mécaniques que ce vélo m’apportait en désespoir il faut le dire. Mais nous ne vivons plus la même envie, la même frénésie qu’en ces temps de disette.

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