2015 : Le bilan du peloton français par Cyrille Guimard

Observateur reconnu du cyclisme français, Cyrille Guimard sévit désormais sur RMC comme consultant avisé. Alors que 2015 baisse son rideau, le plus titré de nos directeurs sportifs, livre son sentiment sur l’année du cyclisme français.

Peloton cyclisme vélo
  • CLASSIQUES FLANDRIENNES

« Là, il n’y a rien à faire, on n’est pas dedans, depuis le Het Nieuwsblad jusqu’à Paris Roubaix. Il manque dans la plupart de nos équipes, cette culture propre à ces grandes classiques. Depuis des années, nous n’y sommes plus dans l’allure, ou alors de manière épisodique ou ponctuelle. Au gré des circonstances nos coureurs y décrochent parfois une placette, mais ne sont pas là quand l’essentiel se joue. On était même mieux dans ces courses il y a 5 ou 6 ans. »

  • CLASSIQUES ARDENNAISES

« Voilà un domaine où nous sommes beaucoup mieux. Les secondes places de Julian Alaphilippe à la Flèche Wallone et sur Liège- Bastogne – Liège, sont de sacrées performances. Et encore sur Liège, s’il n’avait pas été obligés de travailler pour son leader champion du monde jusqu’à 20 bornes de l’arrivée, qui sait s’il n’aurait pas pu prétendre à mieux. C’est une grosse satisfaction, mais pour ceux qui le suivent depuis des années – je l’ai vu en junior, en cyclo-cross, ce n’est pas une surprise. Citons aussi Alexis Vuillermoz, qui a très bien couru ces courses avec une sixième place à La Flèche. On n’était plus habitués à voir des français présents dans la dernière demie-heure sur ces courses. C’est la grosse satisfaction de cette saison. »

  • LES MALHEURS DE NACER

« Ça me fatigue qu’on mette toujours tout sur le coup de la malchance. Tu tombes une fois ok, deux fois pourquoi pas, mais quand tu tombes 10 fois, il est peut-être temps de se poser des questions. Nacer Bouhanni est tombé aussi au championnat du monde ! De plus, il emmène souvent au sol ses coéquipiers. Je me demande si le problème n’est pas dans la tête. Car Nacer, ceux qui le suivent depuis longtemps et l’ont vu au cyclo-cross le savent : c’est un coureur extrêmement agile, je ne suis pas surpris de l’avoir vu bien passer les pavés sur le Tour. Je me demande si le costume qu’il a porté cette année n’est pas trop grand, si cumuler les casquettes de patron et de sprinter n’a pas eu pour incidence une surconcentration permanente qui a abouti à des baisses de cette concentration sur les moments clefs. »

  • LE TOUR DE FRANCE

« Il faut être clair : le cru 2015 est inférieur à celui de 2014. Quand on a deux français sur le podium c’est difficile de mieux faire. Il fallait s’y attendre, l’an passé Froome et Contador avaient été éliminés la première semaine, Quintana était absent. Certes Bardet et Pinot ont remporté de belles étapes, mais quand on termine sur le podium une année, on vise forcément de faire au moins aussi bien l’année suivante. Ce qui vaut pour Jean Christophe Péraud : l’excuse de la limite d’âge n’est pas valable, on ne passe pas en un an de deuxième du tour à rien du tout. Je pense là aussi que, pour Pinot notamment, la pression était trop grande. Le costume était trop large déjà après sa première victoire d’étape dans le tour, il a mis plusieurs années à se mettre dedans. Le problème des deux coureurs français n’était pas athlétique, la dernière semaine a montré qu’ils étaient bien préparés. Seulement, quand la pression d’un podium du tour survient à l’instant T comme ce fut le cas l’an passé, ce n’est pas la même chose que quand elle est présente depuis un an. Résultat, les deux ont pété dans la première semaine. Délestés de la responsabilité du général, ils ont pu se libérer en dernière semaine et exprimer leurs qualités. Avec en plus, la péripétie de l’étape où ils se font ensemble coiffés au poteau lors de l’étape de Mende, qui crée une petite rivalité entre eux et qui va leur donner l’adrénaline nécessaire pour empocher chacun une étape. »

  • LE CHAMPIONNAT DU MONDE

« Il y a un vrai problème de management de l’équipe de France. Depuis le départ de Jalabert il n’y a plus de patron. Quand il y a deux ans, on avait un parcours pour Bouhanni qu’il aurait fallu garder au chaud, on voyait les français attaquer ! Cette année il y a eu un vrai problème de sélection. On nous a dit : c’est un parcours pour sprinters, on va construire une équipe pour Bouhanni et Démarre. Sauf que dans aucune catégorie on n’a vu de sprinters l’emporter sur ce circuit. Il fallait organiser une équipe avec 8 Vuillermoz, des gars capables de sortir d’une bosse à deux bornes de la ligne. Résultat : Bouhanni et Démare étaient bien dans le final, mais comme tous les sprinters ils n’avaient plus aucun coéquipier, et comme tous les sprinters, ils se sont fait larguer par les punchers, comme Sagan en premier lieu. »

  • LA FIN DE SAISON

« On a vu les français plutôt bien dans les courses de fin de saison, et se positionner avec des rôles actifs dans le final. Je pense notamment à la très belle troisième place de Thibaut Pinot dans le Tour de Lombardie, où il a vraiment tenté tout ce qu’il pouvait pour l’emporter. »

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